André Dellis : mort d’un lutteur #précaire

Je viens d’apprendre sur le site du MNCP, la mort d‘André Dellis, l’un des pionniers de la lutte des précaires depuis prés de 30 ans. Je n’étais pas l’un de ses proches et j’étais opposé à la plupart de ses choix militants, mais je tiens à parler de lui, parce dans la mémoire de l’humanité qu’est devenu Internet les précaires prennent trop peu de place. L’histoire est racontée par ceux qui gagnent, et je constate souvent combien les mouvements de chômeurs ignorent leur propre histoire.

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marche chomeur

André avait créé l’Association des demandeurs d’emploi et précaire (Adep) en 1986 (1) à Aire sur la Lys (Pas de Calais) puis plusieurs associations dont le but était d’aider les plus démunis et de fournir des emplois d’insertion à certains d’entre eux. En même temps l’Adep défendait les revendications de chômeurs.

André faisait donc partie de cette première vague de militants qui ont créé, autour du charismatique Maurice Pagat, le Mouvement national des chômeurs et précaires ( MNCP) en 1986. Ce mouvement fédérait les Maisons de chômeurs et le Syndicat (parisien) des chômeurs et mêlait comme l’Adep entraide et combat politique. Ce positionnement a historiquement sa légitimité : le syndicalisme ouvrier français trouve ses racines dans les sociétés d’entraide et les bourses du travail (dont le but initial était de fournir du travail aux ouvrier-e-s). Cependant à notre époque, l’assistance, telle que la conçoit le MNCP nécessite l’aval des pouvoirs politiques et je pense (et c’était la position de l’ex Collectif des chômeurs et précaires de Lille dont j’étais membre) que les précaires n’ont rien à gagner au soutien intéressé des politiques. C’est aussi ce que disent façon bourrés-bourrins ou façon gauchiste universitaire un anonyme de la défunte CNT-Sans emploi et précaire du Béthunois et Marc Leleux auteur de l’excellente Histoire des sans-travail et des précaires du Nord

On remarquera les efforts de tous ces gens pour ne pas employer le mot chômeur qui doit porter malheur comme sida, cancer, ou Holllande.

Un mouvement vite ringardisé

Dés 1994, dans le Nord-Pas de Calais les associations du genre de l’Adep étaient ringardisés par AC !, un mouvement de chômeurs lancé par la CFDT-ANPE (3) sur Lille, où le MNCP n’était pas représenté. AC ! avait un joli sigle et une attitude rebelle. Il a été très actif dans les mouvements de 1996-1997. A Lille aujourd’hui il siège dans les comité d’usagers de Pôle emploi et certains de ses dirigeants sont très proche du PS. Il paraît que tous les poètes finissent trafiquants d’armes. Assistant à quelques réunions de lancement d’AC ! Lille j’avais déjà pressenti cette évolution les militants de base qui voulaient brûler les agences ANPE se faisaient rabrouer par les cadres ANPE syndiqués à la CFDT.

Dirigeant le Journal des Assises ( régionale du Travail et de l’emploi) en 1994 (4), j’ai assisté aux réunions du groupe de travail sur les chômeurs. J’avais beaucoup de plaisir à y trouver André Dellis qui, bien que fidèle au Mouvement qu’il avait co-créé n’avait pas le tempérament consensuel que l’on reproche parfois au MNCP. Je me souviens particulièrement d’un de ses coups de gueule. Un participant avait évoqué la nécessité de réprimer plus durement le travail au noir, en demandant que les forces de l’ordre soient davantage motivées à le réprimer. Puis, maladroitement il avait évoqué les chômeurs qui font des « brocantes » comme on dit dans le Nord, du travail au noir. André était parti dans une colère à la Raimu : comment pouvait on accuser des chômeurs de travailler ! Avec une certaine mauvaise foi il assurait que la plupart du travail au noir dans son coin était accompli par des gendarmes, qui utilisaient ainsi les nombreuses heures où ils étaient payés à ne rien faire, et qui utilisaient pour cela le matériel et les matériaux de l’État. Personne n’avait osé le contredire.

En 2004 André avait soutenu activement une mère de famille Tassadit Menni, en grêve de la faim contre une réforme de l’Assedic qui la privait de ressources. En 2012 Il était déjà très malade. Elle s’est immolée par le feu dans le bureau d’un élu. cela n’a peut-être pas de rapport. Mais André était de ceux qui savaient que pour aider les gens il faut d’abord les aimer. Il manquera.

 

marches chomeur

  1. Je mets un lien vers un article de CLP ( correspondant local non-journaiste )qui vu sa qualité aurait mérité d’être signé.
  2. Histoire des sans-travail et des précaires du Nord, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires Septentrion, 2013, 368 p. genre 25 euros. Mais l’auteur ne cite même pas le MNCP.
  3. Et cela va sans dire par la Ligue communiste révolutionnaire ( la mère du NPA).
  4. Avant de laisser tomber, pour protester contre la réécriture des articles de mon équipe par des conseillers de la présidente verte du Conseil régional du Nord-Pas de Calais et la censure constante des dessins de Rémi qui est un génie

Deezer Des gens sans importance

J’entends j’entends.

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2 réflexions sur « André Dellis : mort d’un lutteur #précaire »

  1. Bonjour. Je découvre par hasard cet intéressant article et je ne peux résister au désir d’y apporter quelques précisions sur mon livre. Il s’agit d’un ouvrage universitaire qui, je suis le premier à le déplorer, se trouve soumis à une certaine rigueur éditoriale imposant d’en limiter le contenu. Je n’ai donc effectivement pas cité le MNCP, comme d’autres mouvements, tout en renvoyant (p. 297), à l’étude qu’en avaient déjà faite Didier Demazière et Maria-Teresa Pignoni. Je n’ai un peu développé que le cas d’AC ! qui me semblait alors (à tort ou à raison) le plus emblématique des mouvements pour la période dont il était question. C’est un choix, certes contestable, mais que j’assume et qui répondait, vu la densité du livre qui couvre plus de 80 années, à la nécessité de resserrer mon propos.
    Je souhaiterais également revenir sur l’utilisation du terme chômeur. Ce mot, apparu en 1876, ne s’impose qu’à la toute fin du XIXème siècle pour désigner une catégorie statistique. Cette volonté de catégorisation, voulue par la la Troisième République, doit permettre de distinguer le bon pauvre (celui qui, temporairement, ne trouve pas de travail, mais souhaite ardemment en trouver) du mauvais pauvre dont on considère qu’il est le seul responsable de son sort. C’est encore cette approche qui prévaut aujourd’hui et je n’ai pas voulu en cautionner la logique. Nous savons tous, hélas, que nombre de sans-travail se trouvent exclus des catégories de chômeurs et, parce qu’il est limitatif, le terme chômeur aurait été, suivant mon propos, totalement inapproprié.
    Voilà quelques précisions qui ne gâchent rien à la qualité de votre article et au caractère judicieux de vos remarques. Elles soulignent la nécessité d’une modification en profondeur de la perception de ceux qui, constamment stigmatisés, m’apparaissent comme les principales victimes du système capitaliste.
    Très cordialement, Marc Leleux.

    1. Je vois au ton de votre commentaire que vous avez compris que je ne cherchais pas à vilipender un livre que je n’ai que parcouru. le bénévolat et le peu d’impact de a tenu d’un journal extime ne me donne pas la possibilité de faire le minimum pour écrire sérieusement comme par exemple interroger les auteurs lorsqu’ils sont vivants, où des sources connexes quand ils sont morts.
      j’ai un peu côtoyé Didier dans des circonstances assez ennuyeuses pour que nous bavardions un peu de son travail. J’apprends grâce à vous que le mot chômeur a pu être valorisant, par rapport j’imagine à « oisif ». il me semble qu’il est est aujourd’hui péjoratif, il n’est jamais employé pour caractériser un candidat à un jeu télévisé ! Depuis quelques années je fas une veille sur twitter à partir du mot « chômeur ». C’est eu productif parce que le mot est surtout employer aujourd’hui pour blaguer, comme charclo, il ya « dix ans  » exemple parmi les dix twitts les plsu rcents :
      Yanice @YayaHmche
      « Ma mère elle croit que si je rate 1h

      rien

      qu’une 1h de cour je vais pas avoir le bac et je vais finir chômeur »

      @nssrnd_

      Vs dites toutes la même chose au début pr pécho mais à la fin tu fini chômeur

      Ryan Giggs ⚽️❤ @Soniaaa_Soniaaa

      Quel femme de footballeur si ton mec joue au red star 93 t’es femme de chômeur ouais

      Aujourd’hui le terme neutre semble « demandeur d’emploi » voire « chercheur d’emploi » dans les stages pôle emploi. les nouveaux mouvements de précaires, que vous devez connaître j’imagine : la Crise, Exploités-enervés, Cafca etc emploie le terme « chômeurs » comme les homosexuelles ont pu se réapproprier le terme gouine.
      De toute façon je ne critique pas votre titre, ni l’appellation de la CNT, ni je ne sais plus quelle circonvolution de ce que tout le monde appelle la Cgt-chômeurs je signalais simplement que lorsque des chômeurs s’organisent ils se donnent le nom de chômeurs quand d’autres veulent les organiser ou les décrire ils emploient d’autres mots. Peut être est ce parce que le chômage est un cancer plus terrifiant pour ceux qui le craignent que pour ceux qui espèrent en guérir .
      Vos remarques sur AC pose la question plus générale de l’objectivité scientifique. dans votre milieu on sait, sans forcément le formuler ainsi qu’il y a des modes, des trends, des thèmes porteurs dans toutes les sciences, y compris les mathématiques ou l’archéologie. Ce n’est pas forcément néfaste, que la recherche entre en résonance avec la société, mais il est touours intéressant d’entrouvrir la « boîte noire ».

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