Compassion hypocrite : la paille et la poutre

Me Yael Mellul est une twitteuse compulsive. Sa hargne est souvent réjouissante quand elle s’attaque à Soral ou Dieudonné. Elle est moins convaincante, lorsqu’elle cible la communauté musulmane.

Cette après midi elle a causé quelques remous en publiant une florilège de tweets anti Charlie Hebdo semblant moquer la compassion hypocrite. Du coup un autre twittos a republié son tweet de septembre dernier. La paille et la poutre.

 

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J’aimerais tenir l’enfant de salaud Qui a fait graver sous ma statue « Il est mort comme un héros »

Pendant la Guerre D’Algérie, Jacques Brel, un des trois « anars » du show bizz  des années 60 chante La statue. Il y imagine un « héros » qui ne souhaitait pas l’être. Je me suis souvenu de cette chanson, à cause des hommages rendus aux gens de Charlie Hebdo qui sont en total contradiction avec toute leur production. Un hommage national, des drapeaux en berne, une « union nationale », ce terme raciste de « barbarie » dans la bouche de François Hollande et Martine Aubry, la « civilisation » en danger selon Sarkozy. Philippe Val qui pète un câble et refuse toute explication socio-économique pour privilégier « l’explication religieuse et culturelle ». Les gens, qui font appel aux valeurs « républicaines » comme si elles avaient jamais empêcher les massacres à Sétif, à Verdun ou ailleurs… Tout ça risquerait de faire gagner les ennemis de la liberté, ceux qui tuent, ceux qui mettent le feu aux camps de Roms, et ceux qui attaquent des mosquées.

 

 

Jacques Brel
« LA STATUE »
1961

J’aimerais tenir l’enfant de Marie
Qui a fait graver sous ma statue
« Il a vécu toute sa vie
Entre l’honneur et la vertu »
Moi qui ai trompé mes amis
De faux serment en faux serment
Moi qui ai trompé mes amis
Du jour de l’An au jour de l’An
Moi qui ai trompé mes maîtresses
De sentiment en sentiment
Moi qui ai trompé mes maîtresses
Du printemps jusque au printemps
Ah cet enfant de Marie je l’aimerais là
Et j’aimerais que les enfants ne me regardent pas

J’aimerais tenir l’enfant de Carême
Qui a fait graver sous ma statue
« Les Dieux rappellent ceux qu’ils aiment
Et c’était lui qu’ils aimaient le plus »
Moi qui n’ai jamais prié Dieu
Que lorsque j’avais mal aux dents
Moi qui n’ai jamais prié Dieu
Que quand j’ai eu peur de Satan
Moi qui n’ai prié Satan
Que lorsque j’étais amoureux
Moi qui n’ai prié Satan
Que quand j’ai eu peur du Bon Dieu
Ah cet enfant de Carême je l’aimerais là
Et j’aimerais que les enfants ne me regardent pas

J’aimerais tenir l’enfant de salaud
Qui a fait graver sous ma statue
« Il est mort comme un héros
Il est mort comme on ne meurt plus »
Moi qui suis parti faire la guerre
Parce que je m’ennuyais tellement
Moi qui suis parti faire la guerre
Pour voir si les femmes des Allemands
Moi qui suis mort à la guerre
Parce que les femmes des Allemands
Moi qui suis mort à la guerre
De n’avoir pu faire autrement
Ah cet enfant de salaud je l’aimerais là
Et j’aimerais que mes enfants ne me regardent pas.

« C’est la société qui est malade, il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre par l’amour et la persuasion »

Le lendemain du meurtre de sa compagne par un malade mental qu’ils hébergeaient, Julos Beaucarne, chanteur wallon, a écrit ce texte qu’il dira sur un disque, avant qu’il soit repris par Nougaro. Sans doute se disait-il qu’il ne servirait pas à grand chose mais qu’il fallait qu’il soit dit.  C’est mon sentiment aujourd’hui, vis à vis d’autres meurtres, d’autres désirs de vengeance. « Je pense de toutes mes forces qu’il faut s’aimer à tort et à travers. »

Lettre ouverte ou Amis bien aimés
Ma Loulou est partie pour le pays de l’envers du décor, un homme lui a donné 9 coups de poignard dans sa peau douce. C’est la société qui est malade, il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre par l’amour et la persuasion. C’est l’histoire de mon petit amour à moi arrêté sur le seuil de ses 33 ans. Ne perdons pas courage ni vous ni moi. Je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et nos deux chéris qui lui ressemblent. Sans vous commander, je vous demande d’aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches; le monde est une triste boutique, les coeurs purs doivent se mettre ensemble pour l’embellir, il faut reboiser l’âme humaine. Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires, vous retrouverez ma bien aimée; il n’est de vrai que l’amitié et l’amour. Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses. On doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller au paradis. Ah! Comme j’aimerais qu’il y ait un paradis! Comme ce serait doux les retrouvailles. En attendant, à vous autres, mes amis d’ici-bas, face à ce qui m’arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu’un histrion, qu’un batteur de planches, qu’un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd’hui. Je pense de toutes mes forces qu’il faut s’aimer à tort et à travers.

Julos Beaucarne

Nuit du 2 au 3 février 1975

[EDIT] visiblement François Morel est de la même génération que moi. Belle chronique http://www.dailymotion.com/video/x2ec6mz_francois-morel-je-pense-de-toutes-mes-forces-qu-il-faut-s-aimer-a-tort-et-a-travers_fun