Qu’est-ce que le racialisme ?

Nouveau racisme pour les uns, nouvelle mouture du marxisme pour d’autre, le racialisme aliment les bavardages, dans les milieux qui attendent la révolution au lieu de la faire. Nous allons voir ce qu’est exactement cette nouvelle théorie, et examiner en quoi elle peut être dangereuse, enfin nous donnerons notre opinion sur la sortie de ce débat. Ceci semble concerner uniquement les milieux qui s’étendent à la gauche de la gauche de la gauche. Mais François Fillon vient d’employer le mot « race »1, brisant un tabou ( et violant la loi.) La connerie c’est comme le chiendent, tu peux l’arracher, elle repousse.

 

Le racialisme c’est la croyance qu’il existe des *races : noire, blanche, jaune, “bronzés,” musulmans… Je sais que ça semble absurde mais c’est ainsi que certains voient le monde.Depuis longtemps, les scientifiques ont déterminé que les races n’existaient pas. La couleur de la peau n’est qu’un critère biologique parmi une cinquantaine qui permettent de distinguer des groupes humains entre eux. Si vous n’êtes pas convaincus voici une brochure de l’Unesco qui fait le point sur les avancées scientifiques ( dans les années 70!) sur le sujet. http://unesdoc.unesco.org/images/0000/000055/005546fo.pdf

Et rien ne permet de mettre en relation la couleur, développée en fonction de l’ensoleillement, et l’intelligence ou le caractère d’un individu. C’est la même chose pour d’autres caractéristiques physiques : les yeux bridés, qui protègent les yeux du froid etc…Certains scientifiques admettent l’existence des ethnies : des groupes dont des individus se sentent membres, parce qu’ils pensent posséder en commun certaines caractéristiques physiques mais surtout des traits culturels : langue histoire commune, volonté de vivre ensemble etc. Plus largement, à écouter des témoignages d’amérindiens, certaines ethnies s’inscrivent dans un écosystème plus vaste. Un Cheyenne pouvait se sentir membre du système de la plaine, qui comprenait aussi les bisons, les rivières, le soleil etc. (la naissance de l’écologie oit beaucoup aux tribus amérindiennes). Mais ces appartenances, contrairement à ce qu’écrit Lordon2 ne préexistent pas à l’individu. Je peux choisir d’émigrer au Québec, et me sentir dans dix ans Québecois, canadien francophone, ou nord-américain d’origine française. Mais encore une fois ces appartenances (un individu peut en avoir de multiples, successives ou simultanée : français et juif et tunisien…) ne permet pas de présager chez un individu une intelligence ou une morale particulière.

Le raciste hait quelque chose qui n’existe pas. Il a peur d’un fantôme. Le racisme est un essentialisme. L’essentialisme consiste à fixer quelqu’un dans une de ces caractéristiques (femme, noir, Italien, communiste, vieux, bouddhiste) et de lui coller un fardeau de caractéristiques supposée : femme = sensible, menteuse…, Italien = joyeux, fainéant…. C’est ce que Maalouf appelle “les identités meurtrières”. On se souvient que les membres du “Gang des barbares” pensaient que juif = riches.

Bons et mauvais racistes

On doit réserver le terme de racisme à la description de la domination des forts sur les faibles. Les forts le sont par leur nombre, leur histoire, leur pouvoir économique et/ou la structure étatique. C’est pourquoi il est difficile de parler de *“racisme anti-blanc”. Dans une cité HLM ; où un pouvoir cynique a parqué les enfants de l’immigration avec les pauvres gaulois, un ado céfran peut se sentir rejeté, harcelé, menacé. Mais à deux stations de métro de là, il redevient membre de l’ethnie dominante. Un “racisé” (victime du racisme) n’est jamais quitte ; sorti de son ghetto, il croise le racisme partout. Dans le regard des usagers du métro, au guichet de la Caf, dans les réponses à ses demandes d’emploi, dans les contrôles policiers, à l’entrée de la discothèque, dans les journaux télévisés, les discours politiques, j’écris ton nom : racisme.

Le réflexe naturel lorsqu’on est victime de l’essentialisme est de nier les différences entre êtres humains. C’est ce que font les féministes ou les antiracistes, par exemple. Dans les années 60, une grande exposition était intitulée “The family of man” on y voyait que, dans toutes les ethnies, les femmes aiment leurs enfants, que ceux-ci aiment jouer, que les hommes aiment boire ensemble en rigolant3. Certains dominés développant une sorte de syndrome de Stockholm vont au contraire, accentuer les différences sexuées ou ethniques en les présentant comme des qualités. C’est le “black is beautiful” des afro-américains, la gay pride etc… Poussé dans ses retranchements, cette logique confère toutes les qualités au groupe dominé auquel appartient le locuteur, et les nie chez les autres. On pourrait parler de Lgb-isme. Concernant les ethnies, on appelle cette idéologie le racialisme. Cette idéologie est portée par les Indigènes de la République et leurs alliés pour qui la France est divisée entre racisés colonisés et colonialistes racistes. Ainsi ils parlent “d’extrême-gauche coloniale”. Le racialisme est également une constante à l’extrême droite. Certains soucieux de se démarquer des racistes indéfendables soutenaient les pays arabes en lutte, en espérant qu’on pourrait leur renvoyer leur ressortissants. Certains antisémites soutiennent Israël, qui est le meilleur moyen de débarrasser l’Europe de ses juifs. Comme il y a « des bons et des mauvais chasseurs », selon Les Inconnus, il y a les racistes qui veulent construire des camps d’extermination, et il y a les racialistes qui veulent entourer l’Afrique de fer barbelé et miner le Bosphore.

Les racistes véhiculent encore, quoi qu’en pense les intellectuels de nombreux relents de racisme biologiques. Les racialistes plus malins, mettent en avant les différences fondées sur l’histoire ( du colonialisme, de l’esclavage) ou sur la culture ( religion, coutumes pseudo esprit national. ) De la même façon que les études coloniales ont laissé leur place à l’ethnologie( qui cherche à mettre en lumière les différences entre ethnies) et à anthropologie qui cherche au contraire à relever ce qu’il peut y avoir de commun entre tous les hommes.

 

Pourquoi le racialisme est-il nuisible ?

Le racialisme est nuisible pour de nombreuses raisons. Entre autres, il empêche le racisme mourir d’inanition. , en redonnant tout sa vigueur au concept de « race ». ce n’est pas involontaire. Le racisme est l’ennemi idéal du racialisateur. Comme le néo-luddite a besoin du transhumanistes, l’antisémite du sioniste… On est dans l’ordre de la paranoïa comme le signale Christelle Massacrier dans on rapport de recherche. « PARANOÏA ORDINAIRE ET THÉORIES DU COMPLOT »4

« La confusion ramenée à l’incompréhension entraînerait une forme de suspicion (« On nous cache quelque chose »), qui peut tout à fait rappeler la rencontre de « l’énigme de l’Autre absolu » (Lacan) engendrant angoisse et perplexité. Le rôle de la théorie du complot serait dès lors de drainer le malaise perçu, survenant sur un terrain social insécurisant, en en donnant une explication, ce qui n’est pas sans rappeler le « travail du délire » (Freud) comme tentative de guérison. »

 

Le racialisateur est presque toujours un confusionniste ; il feint de partager des combats marxistes ( le PIR, le FUIQP) ou libertaires ( Les mots sont importants) mais n’a pour but réel que d’accroître les divisions au sein du prolétariats et des classes moyennes radicalisées. Las nazbolis ( nationaux-bolchéviques » disent, nous prenons tout le marxisme, sauf que nous remplaçons «  lutte des classes » par « lutte des races ».

Le racialiste joue sur un sentiment de culpabilité de l’homme « blanc » : l’idée que quoi qu’il fasse il ne pourra jamais trahir sa classe d’origine ( sauf par l’écriture selon Barthes5). il aura beau se prolétariser ( devenir ouvrier) ou se marginaliser ( squatter, pratiquer l’illégalisme) il se toujours moins dominé qu »une femme noire, ou un trans algérien.

Le racialiste n’aime pas les Lumières. Saïd Bouamama dans son pamphlet « La France » 6 met en avant tout ce que les philosophes de l’Encyclopédie ont pu proférer comme sottise sur les femmes ou les peuples allogènes. Pourtant, l‘individualisme qui naît avec Voltaire et Rousseau, cet individualisme connecté qui se construit dans le contrat social et les règles librement consenties, est le meilleur antidote contre tous les racismes. C’est du simple bon sens. Les racistes les plus extrêmes diront de trois ou quatre racialisés « ceux là, je les connais bien, ce sont des bons ». Inconsciemment, ils extraient ainsi Mouloud ou Moshe de la catégorie meurtrières essentialiste qu’ils ont créé.. L‘individualiste solidaire, qui reconnaît à l’autre toute la liberté de penser et d’agir qu’il revendique pour lui-même ne peut être raciste. S’il perçoit que X ou Y réagit « en musulman » ou « en Italien » il sait qu’alors X ou Y est victime d’une aliénation. Un groupe d’appartenance lui a imposé une explication du monde, une morale etc, qui tente de supplanter son libre arbitre d’individu. Là ou le raciste et le politique voit des groupes humains dotés de caractères simplistes, il voit des groupes d’individus chacun riche d’une complexité.

L’individualisme, qui se développe au cours du XIX ème siècle trouve sa forme politique dans la Révolution française, et sa Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, critiquable certes, mais qui établit les droits de l’individu face au despotisme. C’est une époque ou la défense de l’individu atteint des sommets eux aussi critiquables : on interdit les associations ouvrières, en même temps que les corporations, et Napoléon peut déclare

« Tout aux juifs comme individus, rien aux juifs comme nation »7 

Mais on peut considérer avec les hégeliens de gauche ( Marx, Bakounine etc) que le passage par cette révolution bourgeoise était nécessaire. L’ouvrier devenu individualiste comme le reste de la société, en vient à se dire que pour défendre ses droits d’individué à l’émancipation totale, il a intérêt à s’allier avec d’autres ouvriers. Faut-il rappeler ici que des anarchistes individualistes sont, alliés à d’autres, à l’origine de la CGT. Lorsque le racialisateur parle, il nie l’individu. Un « racisé » est par essence fruit de la colonisation qu’ont subi ses grands parents. Il n’a pas d’autre choix que d’être solidaire d’autres racisés, fussent-ils antisémites ou juste stupides : Dieudonné, ou Kémi ba 8

 

L’essentialisme est une maladie qui envahit toutes les zones du cerveau9. Un essentialiste de la race, l’est aussi du genre de l’espèce etc. Il n’est guère étonnant que les féministes aient à redire des textes du PIR https://blogs.mediapart.fr/melusine-2/blog/200616/bouteldja-ses-soeurs-et-nous

 

Comment sortir du débat délétère sur la « race »

 

Je ne pense pas qu’il faille discuter avec des racistes, fussent-ils racialistes. Fin du game. Chaque orga doit se demander s’il est opportun de continuer à signer des appels où figure telle ou telle orga racialiste. Je pense qu’il serait nécessaire d’établir un cordon sanitaire, au moins temporaire, jusqu’à ce que ces organisations se positionnent clairement sur les propos sexistes ou antisémites des Indigènes, par exemple.

 

2« Dans Imperium (2015), Lordon accentue le caractère gluant de la vision de la nation. Son analyse de la place de la nation s’inscrit dans une réflexion plus large sur « la nécessité de l’appartenance » (ibid., p. 38), rendant « impossibles » les « désaffiliations » (ibid., p. 50), dans une vision en termes d’affects qui collent les individus les uns aux autres dans des « corps politiques ». Cela méconnaît les recherches sociologiques sur l’individualisation moderne, des analyses pionnières de l’Allemand Georg Simmel (1858-1918) à celles actuelles de François de Singly, où la diversification des appartenances rend possible le retrait de certains liens, dans quelque chose qui n’a pas à voir avec le « tout ou rien » lordonien : appartenance (« nécessaire ») ou désaffiliation (« impossible »). C’est au sein de ces appartenances collantes que se développe une valorisation de « l’appartenance nationale » (ibid., pp. 47-49), car « aussi affranchi soit-on de son appartenance nationale, on ne l’est jamais tout à fait » (ibid., p. 163). Philippe Corcuff « Guide politique de vigilance anti-essentialiste » in Les Possibles — No. 10 Été 2016.

3Renforçant donc des essentialismes de genre, pour combattre des essentialismes d’ethnies. Ce travers est fréquent voir concernant véganisme et sexisme https://societedelinformation.wordpress.com/2016/12/08/justice-sociale-et-justice-animale-meme-combat/

4INSTITUT DE CRIMINOLOGIE MÉDITERRANÉEN SECONDE ANNÉE (2015-2016)

5Roland Barthes , Le Degré zéro de l’écriture. XXXX

6Saïd Bouamama, La France, Larousse XXXX

7 Azria Régine. Les Juifs de France face à la laïcité. In: Autres Temps. Les cahiers du christianisme social. N°30, 1991. pp. 9-18.. DOI : 10.3406/chris.1991.1450. www.persee.fr/doc/chris_0753-2776_1991_num_30_1_1450. Consulté le 13/12/2007

9 … et la politique cf Philippe Corcuff « Guide politique de vigilance anti-essentialiste » in Les Possibles — No. 10 Été 2016

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