Marche ou (c)rève ? Nous marcherons qu’ils (c)rèvent !

 Nous republions ici un texte paru en novembre sur un nouveau blog http://ahcesttoujourstoiquelonblesse.neowordpress.fr/
Black-Panthers-Party-People
La fin du mouvement contre la loi et le travail laisse une nouvelle génération de militant-e-s, née dans les blocages et les occupations, désœuvrée et bouillante. Chacun peut le constater ; toute réunion ouverte1, tout rendez vous culturel placé sous le signe de la lutte2, refuse du monde. Le 15 novembre une manifestation à Roubaix sur laquelle la CGT organisatrice avait fait le minimum de communication attira spontanément une cinquantaine de manifestants tout de noirs vêtus aux slogan cégétistes « Faisons payer les patrons » répondaient les plus radicaux «  Séquestrons les actionnaires ». Le 19 novembre à Lille, la manifestation antifasciste contre la Citadelle rassembla plusieurs centaines de militants radicaux derrière la banderole de l’Action anti fasciste 59-62, autant que les sympathisants des syndicats et partis réformistes. « Non à la haine » bêlait-on d’un côté «  un flic une balle, justice sociale » hurlait-on de l’autre. Le succès de « Bloque ton week end » (BTW) du 11 au 13 novembre est également indéniable, tant lors des débats que pendant la soirée militante et festive, avec la fanfare des luttes et René Binamé.

Marchons marchons, sans souverain

Le peuple aura du pain

(La Marseillaise de la Commune)

Les jours défilent au pas de l’ennui

Parti des rouges, parti des gris

Nos révolutions sont trahies

(extrait de Pour en finir avec le travail)

Rêve générale

(Autocollant de Solidaires, et pancarte de Nuit debout)

 

Il y a une demande très nette d’action militante, d’actions révolutionnaires.

La situation ne peut qu’aller en s’exacerbant. Les prochaines élections présidentielles, qui tous les 5 ans, donne le tempo économique et social ( et l’on peut n’avoir jamais voté, et faire ce constat), semblent voir s’affronter dans une guerre de façade, des fronts nationalistes d’extrême droite et de gauche ou des partis anti-LGBT, pro-répression, de droite et d’extrême droite, décidés à enrichir les riches et appauvrir les autres,. L’abstention ne sera plus un mot d’ordre révolutionnaire, ce ne sera que le réflexe de bon sens de celui qui ne veut pas choisir entre la purge et la saignée, l’austérité ou la misère, les keufs ou la garde nationale, le drapeau tricolore, ou le bleu blanc rouge. Au second tour qui se profile, ils nous referont le coup de 2002 : allons nous voter à droite pour éviter le populisme d’extrême droite ? Donnerons nous nos voix à Fillon qui va augmenter la TVA , supprimer l’ISF, plonger 500 000 familles de fonctionnaires dans la misère, supprimer le mariage pour tous, augmenter la répression… ? A Fillon soutenu par les racistes de Riposte Laïque, ou Chauprade, Carl Lang, Buisson… Ou préparerons nous le troisième tour, celui qui se joue dans la rue ? Les lois antisociales que votera probablement une majorité filloniste pour satisfaire la France rance qui l’a fait roi mettra les syndicats dans les rues. Reviendra le temps des cerises, des blocages et des occupation, gardez vos pneus et vos duvets ! Gai rossignol et merle moqueur seront tous en fête.

Face à cette demande d’action, à celle qui vient, quelle est l’offre ?

Force est de constater que les organisations ont mal résisté au ressac d’après les luttes sur les retraites. Les syndicats réformistes « de gauche » ont du mal à mobiliser leurs troupes en dehors des luttes localisées pour la défense d’un emploi aliénant, (mais aussi d’un revenu de survie). Ils ne parviennent pas à organiser (avant même de mobiliser) le nouveau prolétariat jeune : livreurs, employés « flexibles » (corvéables à merci) des centres d’appel ou de préparation de commande internet, employés de la restauration rapides… Certains forcés d’être auto entrepreneurs, ne sont pas salariés, d’autres mi-étudiants et mi-travailleurs s’imaginent dans un période de transition. Nous ne sommes pas sûrs que les syndicats font beaucoup d’efforts en direction de ce gisement de militants exploités et énervés, préférant souvent gérer leur portefeuille de cotisants travaillant pour l’État ou des sociétés étatiques, travaillant le jour pour l’État, et faisant la révolution dans les bistrots le soir. Les syndicats de transformations sociale, qui affichent d’autres ambitions que l’amélioration des chaînes, ne sont pas, à Lille, très remarqués dans les mouvements sociaux. Il faut rassurer les députés de droite, et ajouter un article au dictionnaire de Bouvard et Pécuchet 

Syndicat révolutionnaire : organisation destinée à organisée des séances de ciné-club et à vendre de la bière pas cher.

Syndicat de transformation sociale ; organisation destinée à obtenir des décharges syndicales pour fournir des permanents gratuit à un parti électoraliste.

Plus sérieusement les partis à gauche de la gauche au pouvoir, semblent aussi s’endormir dans l’attente d’un Grand soir messianique. Le NPA est miné, à Lille comme ailleurs, laminé par des scissions plus unitaires les unes que les autres. Le front de gauche se réveille avec la gueule de bois : Mélenchon roulerait-t-il pour sa gueule avant tout ? Je serais l’Insoumise, bouquinerie occupée je ferais un procès à la France insoumise, ce ramassis de fans soumis de JLM. Le mot France en revanche qu’il partage avec le Parti de la France, scission droitière (sic) du Front national, est, hélas, à sa place. JLM se réfère sans cesse à la révolution française dans ce qu’a de plus détestable ce putsch bourgeois ; la guillotine, la garde nationale, la terreur… Mais l’anagramme de Révolution française, c’est « un veto corse la finira : croyez moi ou pas il y a du Bonaparte dans Jean-Luc du Napoléon dans Mélenchon. Ou un cran en dessous, voyez ce côté tribun nationalise, populiste, traîneur de sabre : le général Boulanger ! Il se voit déjà César, finira-t-il pompé ? Les connaisseurs apprécieront : il a reçu le soutien du PRCF. Le virilisme le masculinisme, le parfum de xénophobie et de campisme, peut attirer des voix, il n’aura pas la mienne, ou ce sera pour hurler contre lui.

C’est regrettable mais aucune organisation anarchiste n’est implantée sur Lille. Le Centre culturel libertaire a une vocation… culturelle, la CNT se défend d’être anarchiste.

Que reste-il ? D’autres parti trotskistes sectaires, des Verts qui n’ont pas montré beaucoup de reconnaissance à celle qui les a détachés du PS ? Les gesticulations citoyennes qui ont parfois l’intérêt de renouveler les formes du débats, et celles de la manifestation, mais avec un fond si vieillot : «  la guerre c’est pas bien, les flics avec nous, la vraie France c’est nous.. ; » ? Soyons sérieux.

Le prochain printemps sera vif il faut se préparer.

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Physiquement d’abord. On ne peut que se réjouir de voir les associations sportives naître au sein des squats ou des groupes amicaux (poke amical à l’Amicale). Sache que ta meilleur amie, prolétaire, c »est la boxe thaïe ! Retrouvons nous pour courir ensemble au bois de Boulogne, entraînons nous à la canne, au lancer du poids, au tir à la fronde. Ce sera utile. Le bois enceint une citadelle, d’autres citadelles doivent tomber !

« La révolution c’est les soviets et l’électricité » Lénine

Amicalement ensuite : créons des espaces où tous ceux qui veulent la révolution, et pas seulement dans leurs rêves puissent se rencontrer se connaître, s’apprécier apprennent à se faire confiance malgré les différences de genres, de classes, de cultures, d’âges… Comme l’idée circule dans les milieux totoïdes, relançons les soupes communistes ( évoquée lors de Bloque ton week-end. ) qu’elles soient végan, succulentes, et propices aux rapprochement entre prolos en voie de radicalisation et radicaux prolétarisés. Les cantines vegan de la Madina et du CCL, mercredi soir et vendredi midi, jouent ce rôle de mélangeur de milieux militants. Les jeudi soirs de l’insoumise reprendront. Il reste 4 jours à combler pour que nous puissions cesser de faire des courses !

Humainement aussi : les milieux radicaux libertaires autonomes, communisants etc, ont une méfiance légitime envers la charité et l’humanitaire, quelque soit le nom de ce qui consiste pour des « inclus » à aider des exclus. Résultats ; les forces des orgas humanitaires déclinant avec l’âge, qui s’engouffrent dans la vacance ? L’extrême droite qui feint la compassion pour « nos SDF vs « leurs «  migrants. On sait ce qu’il y a de dégueulasse dans les soupes populaire au cochon. Mais le ventre de l’homme qui a faim n’est pas le plus fin analyste politique… Le freeganisme est sans doute une solution. Poubelle en Nord (à contacter sur Facebook), qui récupère dans les marchés et les poubelles, montre une voie possible. Les glaneurs se servent d’abord, le surplus est distribué aux habitants du quartier. Le même principe est mis en œuvre spontanément après le marché de Wazemmes du dimanche et parfois ceux du mardi et jeudi. Chacun selon ses disponibilités est à son tour glaneur, consommateur, organisateur. Cela évite le flicage des Restos du cœur, et la queue humiliante de la Tente des glaneurs. Multiplions ce type d’initiatives qui gomment la distance entre bienfaiteurs et bénéficiaires, ils suffirait d’ouvrir un peu plus nos donneries, nos free-shops etc…On rêve d’un hypermarché à prix libre. Cela me permettrait de réaliser mon phantasme : être caissière,. Ah non il n’y aurait pas de caisse. Bon, vigile alors !

« l’existentialisme est un humanisme » Sartre

Festivement aussi : la révolution sera une fête, toute fête la prépare. A l’exemple de la dizaine de personnes qui ont goupillé Bloque ton week-end, créons des fêtes surprises, dans des lieux volés, pour un temps, au Capital. Mettons du son, buvons de l’orge, dansons, dansons.

« je me méfie des peuple qui ne savent pas danser «  Nietzsche

Agitpropement également : organisons des ateliers où nous ferions des affiches des tracts, des pochoirs et des banderoles. Les matériaux sont gratuits, on pourra s’exercer à blanc, avant de pouvoir voir noir, et rouge . L’idée circule également dans les milieux autonomes, écologistes radicaux. Les anti-pubs connaissent le sujet, certains sont anti capitalistes : ils seront utiles.

Educativement bien sûr : le problème de chaque mouvement c’est que c’est toujours un peu les mêmes qui parlent, et écrivent. Malheureusement ce sont souvent des mâles blancs bien éduqués. L’écriture, la prise de parole, ce ne sont pas des dons, Démosthène déjà en était l’exemple. Il faut multiplier les ateliers d’écriture, et de prise de parole, pour que la prochaine révolution ne soient pas écrite et dite uniquement par des Maximilien, des Léon et des Nestor ( prénom rare ici, mais pas en Ukraine…)

« Pas un jour sans une ligne » Philippe Léotard, Beigbeider etc…

Politiquement enfin ; continuons la réflexion de Bloque ton week-end. Faut_il donner du sang neuf aux organisations existantes, ou bâtir de nouvelles orgas, plus longues à monter, mais garanties ( au début) sans bureaucrate ? Je n’ai pas la réponse, la question n’est pas rhétorique, mais je pense qu’il faut en discuter collectivement.

Antifascistement bien sûr : le combat contre la Citadelle, repaire identitaire, devrait permettre des alliances tactiques avec des mouvements de jeunesse qui ne sont pas sur nos positions ; c’est un bon entraînement pour des combats plus difficiles, et l’antifascisme va de soi. Il faudra réfléchir à la meilleur façon d’agir. Faut il continuer à servir de troupes aux réformistes ou à l »Action antifasciste ? Faut-il créer une force autonome ?

Largement : ne refaisons l’erreur de Marx. Ne négligeons pas dans notre réflexion et notre pratique les classes les plus dominés : les chômeurs de longues durée, les RSAtres, les SDF. Ils n’ont rien à perdre , nous non plus. Et de ce rien on peut tout faire

Psychologiquement également ; on nous a dit pendant le mouvement : ce n’est pas le moment. Aujourd’hui que la lutte fait la pause, le moment semble venu. Il faut parler de ce qui fâche, pour éviter de ne pas parler de ce qui blesse. Les dominations sexistes, racistes, classistes, âgistes, validistes sont véhiculées dans nos mots et nos gestes au sein des luttes. La violence a ses vertus révolutionnaires, elle ne doit pas s’exercer contre des camarades, même psychologiquement. Accueillons avec reconnaissance les initiatives issues de nos rangs. Refaisons des ateliers non-mixtes, et revenons plus fort-e-s vers des débats mixtes.

« la femme est la prolétaire du prolétaire (…) L’oubli et le mépris des des droits de la femme sont les seules causes des malheurs du monde » Flora Tristan, inspiratrice de la première internationale ( AIT)

Je voudrais vous présentez mes excuses pour le ton apparemment directif que je prends parfois : l’impératif n’est pas autoritaire, mais incitatif, et les idées que je semble asséner, ne sont pas les miennes : elles circulent dans les milieux militants, autonomes, radicaux etc. … Il faut les enrichir les compléter et surtout les faire vivre. Il est possible d’entamer la discussion à cette adresse tout aussi explicite qu’anonyme : anarluttant (arobase) gmail.com

Quand vous danserez au temps des cerises

Si vous avez peur des chagrins d’amour

évitez les balles,

moi qui ne crains pas les peines cruelle

je ne vivrais pas sans lutter un jour.

D’après Clément

« La pensée procède de l’action et revient vers l’action » Proudhon

1 Entre autres réunions de l’AFA contre la Citadelle, débat sur l’histoire des Lutte, au cours de Bloque ton week end (BTW), à l’insoumise.

2 Entre autres projection d’Une histoire populaire américaine par la CNT, conférence sur le véganisme par L214, soirée trêve hivernale à la Madina, fête Bloque ton week-end à la Misère…

 
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