Les tortionnaires de l’histoire Qu’est ce que le négationnisme ? 4/8

masqueslogo-conspislogo-negazioUltra-gauche, Faurisson, confusion, petit pont, petit Papon

Le plus extraordinaire arrive dans les derniers jours de 1978 le Monde publie «Le Problème des chambres à gaz ou La Rumeur d’Auschwitz», une lettre signée de Robert Faurisson, comme si il s’agissait d’une simple opinion. L’auteur, qui au cours des années précédentes avait multiplié dans une certaine indifférence les lettres aux journaux, peut enfin faire connaître sa théorie mettant en doute l’existence des chambres à gaz.

Pierre Guillaume et Jean-Gabriel Cohn-Bendit(1936-)1 ( qui se présente comme un libertaire) rencontrent Faurisson dès novembre 1978. D’autres contacts auront lieu entre le « petit professeur lyonnais » et Quadruppani, et Dauvé par exemple, des anciens du Mouvement communiste.

Robert Faurisson (à dr.) et Pierre Guillaume au palais de justice de Paris

En mars 1979, « Gaby » Cohn-Bendit publie dans libération un article où il tient à défendre Faurisson et Rassinier contre l’accusation de néo-nazisme. Je n’ai rien, particulièrement contre ce monsieur, qui s’il eût été fils unique serait resté dans l’obscurité à laquelle sa faible intelligence le destinait. Mais il se trouve que sa fiche Wikipédia est typique de ce qu’on a pu appeler le « négationnisme du négationnisme. » Pour continuer à exercer la sinécure de gauchiste institutionnel de nombreux ex VT ont dû nettoyer leur biographie de leurs errements négazios. GCB place donc dans sa notice Wikipedia la phrase

« c’est pourquoi il ne sera jamais considéré par les spécialistes du sujet, et d’abord Pierre Vidal-Naquet, comme un négationniste »

Décidément, les négazios aiment faire parler les morts ! Soulignons l’inanité de ce constat. Il signifie seulement que PVN n’a pas écrit l’a phrase « GCB est négationniste » Ce n’est pas un brevet. En réalité PVN l’a traité de « révisionniste radical » à une époque ou le mot « négationniste » n’existait pas encore. Laissons donc le lecteur juger avec cet extrait de la lettre de mars 79 à Libération

« Battons-nous pour qu’on détruise ces chambres à gaz que l’on montre aux touristes dans les camps où l’on sait maintenant qu’il n’y en eut point » (Jean-Gabriel Cohn-Bendit, Libération, 5 mars 1979, p. 4)

Robert Faurisson au sujet de Jean-Gabriel Cohn-Bendit, le 16 avril 2012 :

Rendons hommage et justice à Gaby Cohn-Bendit pour sa contribution à la défense, dans les années 1979-1983, de l’exactitude et de l’honnêteté des révisionnistes 

En mars 1979 Guillaume dans Libération2 fait un parallèle entre la mort des juifs, et celles d’Algériens à Sétif. Beaucoup de Français ignorent ce massacre colonial, de même les Allemands ignoraient le génocide, qui ‘ pas eu lieu d’ailleurs, les juifs sont morts de faim et de froid, conséquence malheureuse de toutes les guerres. Dans un moment halluciné, Guillaume décrit même un Eichmann indigné par la rigueur de la détention dans le camp…français de Lurs.

Les Sept salopards

En juin 1979, la La Guerre sociale a la mauvaise idée de publier un article en soutien à Faurisson «  De l’exploitation dans les camps à l’exploitation des camps 3», fondé sur un article inédit de Dauvé écrit en 1977. La version publiée s’ouvre par des citations de Faurisson et Rassinier, et plaide pour un examen universitaire des conditions de la Shoah. La même année la Guerre sociale publie et diffuse plusieurs tracts dont « Qui est juif ? » la « réponse c’est Faurisson, juif, puisque persécuté par les antifascistes qui sont les nouveaux Nazis4. On tombe là dans ce que Pierre Vidal-Naquet avance comme explication du Nazisme : faire des Allemands le nouveau Peuple élu, perversa imitatio du peuple juif.5 La Guerre Sociale6 sera le plus fidèle allié de Pierre Guillaume et Faurisson.

Dans le même temps, Pierre Guillaume, rouvre la librairie La Vieille taupe , et la spécialise dans le négationnisme, d’abord en rééditant Rassinier7, puis en tendant de réhabiliter Faurisson.

Serge Thion
Serge Thion

Entre temps, en 1980, l’ultra-gauchiste Serge Thion, pourtant sociologue universitaire, publie Vérité historique ou Vérité politique ?/ le dossier de l’affaire Faurisson, la question des chambres à gaz à La Vieille Taupe8, où il donne la parole à Faurisson, qui atteint un sommet de l’immonde, en décrivant l’insurrection du ghetto de Varsovie, comme un coup de poignard dans le dos des pauvres Allemands, en s’appuyant, comme l’a montré Vidal-Naquet, sur un discours…d’Himmler.9. Jacob Assous10, Denis Authier 11, (Jean-)Gabriel Cohn-Bendit (cf note 22) , Maurice Di Scuillo12, Jean-Luc Redlinski (?) et Gàbor Tamàs Rittersporn13 sont les autres contributeurs. « Avec la participation et sous la responsabilité... » est-il précisé. Les sept salopards.

La même années, Plusieurs groupuscules ultragauches (Les Amis du potlatch, Le Frondeur, Le groupe Commune de Cronstadt, Le Groupe des Travailleurs vers l’autonomie ouvrière, Pour une intervention communiste-Jeune Taupe14) distribuent 60 000 exemplaires d’un tract «Notre royaumeest une prison15» dans lequel on peut lire :

« La rumeur des chambres à gaz, rumeur officialisée par le Tribunal de Nuremberg, a permis d’éviter une critique réelle, profonde du nazisme. C’est cette horreur mythique qui a permis de masquer les causes réelles et banales des camps et de la guerre.»16

«Il n’y a pas de monstre en face de nous. Nos ennemis, ce sont des rapports sociaux, même si ce sont des hommes qui les défendent et que nous devons affronter.» 17

auquel des anciens de la Vieille Taupe, dont Baynac, et des conseillistes18 répondent dans le texte « La Gangrène » paru dans Libération le même mois. Soulignons également que la plupart des ultra-gauchistes qui ont suivi la VT2 étaient des jeunes gens, qui n’avaient pas connu la seconde guerre mondiale. La majeure parti des militants bordiguistes plus âgés ne s’embarquèrent pas sur cette planche pourrie. Comme en témoigne cet extrait d’un article du Prolétaire

« Personne n’a besoin d’ « inventer » des horreurs et il est difficile d’ « exagérer » : le capitalisme en produit beaucoup plus que l’imagination ne saurait le faire. Le tout est de savoir quelle attitude on a devant ces horreurs. (…) Peut-on répondre à [l’]exploitation par la bourgeoisie de ses propres crimes en niant purement et simplement leur réalité ? Non ! C’est débile – dans tous les sens du terme -. (…) Le prolétariat ne nie pas la réalité des tortures, massacres, exterminations, même s’il n’est pas seul à les subir, (…) mais il montre leur cause réelle. »19

Jean-Pierre Carasso, Gilles Dauvé, Christine Martineau et Serge Quadruppani se séparent de la Guerre Sociale, de Pierre Guillaume et de son négationnisme tonitruant, mais pas tout à fait du négationnisme, comme le montrera des textes de la revue La Banquise en 1983 .

1Oui, le frère de Daniel, qui n’y peut rien.

2 Pierre Guillaume «Que savent les Français des massacres de Sétif ?» Libération 7 mars 1979

3N. (Dominique Blanc, Gilles Dauvé, et al.) « De l’exploitation dans les camps à l’exploitation des camps », La Guerre sociale N°3, juin 1979, cité par François-Georges Lavacquerie L’ultra-Gauche dans la tourmente révisionniste, 1992 revu en 1996, réédité par Non-Fides, 2014 [online] https://www.nonfides.fr/?Lultragauchedanslatourmente. Consulté le 28/12/2016. cet article quasiment à chaud retrace l’histoire de cette dérive de l’ultra gauche et, malheureusement ébauche une analyse qui met dos à dos négationnistes et mémorialistes de la Shoah.

4Argument recyclé sans honte par beaucoup de confusionnistes, tels le Grand soir ou Michel Colon.

5PVN, op.cit

6Cette affaire n’a pas nui à la carrière d’anthropologue du principal animateur de la Guerre sociale, Dominique Blanc http://www.dominiqueblanc.com

7Ce fut une mauvaise idée. Des militants entreprirent alors de lire ses livres, ce que personne n’avait pu faire auparavant, et découvrirent que celui qu’il croyait être un critique « de gauche » était un antisémite d’extrême droite.

8Serge Thion, op cit

9Robert Faurisson, in ibidem, et Himmler, Discours secrets, Trad. M.-M. Husson, revue par PVN, Gallimard, 1978, p.168 cités par Pierre Vidal-Naquet, op.cit.

10M. Assous a fait effacer de Google toutes les informations le concernant.

11Auteur de plusieurs livres sur la gauche conseilliste dont, en 2003 avec Gilles Dauvé Ni parlement, ni syndicats : Les conseils ouvriers !, Les Nuits rouge

12(1946-1998) « Pacifiste intégral » selon ces amis, ce négationniste est mort en août 1998, seul. C’est l’odeur qui alerté ses voisins dix jours plus tard. Cf Maurice Di Scuillo, le dernier des morts son avis nécrologique paru dans Le Monde, et retranscrit [online] http://enfore.free.fr/?article=111

13Hongrois, diplômé de l’université de Leningrad, passe à l’EHESS un thèse sur les mouvements sociaux en URSS (1936-1938), chercheur au CNRS, il s’inscrit, on ne se refait pas dans l’école historique révisionniste ( au sens scientifique du terme) sur l’URSS. Sa nomination en 1997 au centre franco-allemand Marc-Bloch (du nom d’un résistant abbattu par la Gestapo) a créé un scandale, d’autant qu’il continuait à mettre en doute la réalité des chambres à gaz. En réponse des chercheurs ont signé une pétition en sa faveur. Il est resté au centre de 1997 à 2002 cf Lorraine Millot Un historien négationniste embarrassant. Gabor Rittersporn, affecté dans un institut franco-allemand de Berlin, met en doute l’existence des chambres à gaz.Libération.fr

14Scission de Révolution internationale, futur CCI (bordiguiste), en 1973 qui se réjouira en 1979 de la réédition par la VT de Rassinier et soutiendra la Guerre sociale dans son aventure négationniste. La Jeune taupe en rajoute dans l’antisémitisme, en affirmant que la série Holocauste a été exigée par le lobby juif, et que c’est le judaïsme évoqué du propriétaire de l’Express qui est à l’origine de l’affaire Faurisson. Sa fiche Wikipédia, visiblement rédigée par d’anciens membres est un modèle de « je nie le négationnisme ». cf la Jeune Taupe 27 et 29

15Curieusement inspiré du titre d’un roman d’un écrivain chrétien, A.J. Cronin.

16C’est nous qui mettons certains mots en avant.

17Cité par Yves Coleman, op cit, chap. 5 [online] Je dois cependant reconnaître que je ne serais pas choqué par la seconde phrase, si dans ce contexte elle n’avait pas pour but de dédouaner les Nazis.

18Une des raisons pour lesquelles on devrait parler de négationnisme bordiguiste et non d »d’ultra-gauche »

19« Antifascisme infantile. » Le Prolétaire n°322 , 1980

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