Les tortionnaires de l’histoire Qu’est ce que le négationnisme ? 3/7

 

 

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Rassinier trouve des héritiers

En 1961, Rassinier publie Ulysse trahi par les siens, en recyclant entre autres des conférences prononcées devant des cercles néo-nazis en Allemagne. Il cherche à y minimiser le nombre de victime du génocide, affirmant qu’une partie des six millions s’est en fait installée à l’étranger, et que le terme le « solution finale » ne marquait que la volonté allemande d’enfermer et exiler les juifs.

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Le vraiment véritable procès Eichmann

En 1962, Le Véritable procès Eichmann ou les Vainqueurs incorrigibles enfonce le clou : tous les pays européens sont responsable de la Shoah, et nouvel argument promis à un bel avenir : un parallèle entre Israël et le 3ème Reich, énoncé avec les habituelles précautions de langage de ceux qui énoncent une idée insupportable.

eich«Que ce qui se passe en Israël ne justifie pas ce qui s’est passé en Allemagne, j’en conviens encore ne serait-ce que parce qu’on ne peut pas justifier le mal par le mal mais je ne justifie pas, j’explique et, pour expliquer je démonte un mécanisme…1

Argument (12) Israël et les nazis c’est pareil, les loups se mangent entre eux

La même année, les Temps modernes, revue dirigée par Sartre, publie un manifeste, qui affirme

« (…) entre les Algériens entassés au Palais des sports en attendant d’être « refoulés » et les Juifs parqués à Drancy avant la déportation, nous nous refusons à faire la différence. »

Comme beaucoup d’intellectuels anti-colonialistes, Pierre Vidal-Naquet (1930-2006) signa cet appel, et reconnaît en 1987 que cette comparaison est absurde. 2 De surcroît c’est exactement l’argumentation de Rassinier. Gaulliste « de gauche » René Capitant sauva l’honneur en refusant de signer en expliquant que pour lui les Algériens sont des militants, alors que les juifs étaient uniquement des victimes, ce qui est également critiquable !

En 1964, Rassinier, qui a enfin était viré de la FA, publie Le Drame des Juifs européens,3où il touche le fond, c’est en s’appuyant sur le témoignage d’un ancien Nazi, qu’il tente de s’appuyer sa thèse selon laquelle, à part quelques brebis galeuses, les Nazis étaient parfaitement corrects et sans brutalité. Dans un développement typiquement complotiste, Rassinier raconte qu’un million de juifs, déportés en Asie centrale, ont rejoint les États-Unis, jusque dans les années 60 en passant par la Chine ! D’ailleurs C’est Mao lui-même qui a aidé les juifs soviétiques à fuir, pour embêter son ennemi Khrouchtchev. Malgré la gravité du sujet, Vidal-Naquet, ne peut s’empêcher d’ironiser

Au XVIIe siècle, il arrivait que les gazettes annoncent soudain la réapparition des dix tribus perdues d’Israël4. Rassinier a réussi un exploit de ce type.5

En 1965 ouvre la libraire d’ultra-gauche (conseilliste et bordiguiste) la Vieille Taupe. S’opposant au communisme d’Urss, comme au trotskisme ou au maoïsme, la librairie diffuse différents courants de gauche, mais également des anti-communistes de droite, voire d’extrême droite, à cause de ce que des déçus de la VT nommèrent une « manie stalinophobe »6 qui poussait à penser que tout ce qui allait contre l’URSS ne pouvait pas faire de mal. La VT1, parfois idéalisée en opposition à la VT2,7  est décrite par Yves Coleman8 comme l’ancêtre du confusionnisme actuel.

En 1967, la Guerre des Six jours, efface l’image d’un Israël socialiste et pacifiste ( les kibboutz…). Au temps pour l’antisémitisme en mode 3éme république qui décrivait le juif comme lâche et mauvais soldat. L’URSS ( qui avait voté en faveur de la création d’Israël) se déchaîne. A l’extrême droite, François Duprat (1940-1978)9 crée le Rassemblement pour la libération de la Palestine. Dés lors, à l’extrême droite, mais pas que, l’antisionisme sera mêlé avec le négationnisme. Les « nationaux 10» jusqu’alors frileux sur la Seconde guerre mondiale, se sentent désormais autorisés à en parler. D’où les futurs « dérapages » contrôlés de Le Pen

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En mai 1968, faisant oublier ses engagements en faveur de l’OAS et de la mémoire de Pétain, un certain Robert Faurisson, professeur de Lycée, soutient le comité d’action lycéenne, très à gauche. Les militants de la VT participent au mouvement, à Censier

En 1970, Jacques Baynac quitte la Vieille Taupe, en dénonçant dans une lettre à ses camarades le « réviso-négationnisme ». La librairie a édité l’article d’Axelrad en brochure11, et tous les livres de Rassinier sont en vente à la librairie…12La librairie ferme en 1972, pour ne pas se transformer en commerce classique.

En 1977 l’Anglais David Irving publie un livre semi-négationniste : il reconnaît le génocide mais affirme qu’il a été commis par Himmler malgré l’interdiction d’Hitler.13 Le livre suscite une polémique

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1978 commence bien Duprat meurt dans sa voiture piégée. Valérie Igounet raconte, comment des camarades de parti promettent sur sa dépouille de continuer son combat négationniste.

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Son oraison funèbre paraît dans Le National, l’organe de presse officiel du FN, et évoque le « combat » de l’« historien soucieux de la vérité historique » ; elle se termine par ces mots : 

« Sache en tout cas que tu n’es pas mort pour rien, car nous reprenons le flambeau. Ton oeuvre sera poursuivie1 ! »  14

Cela enlève un peu à la thèse de Pierre Vidal-Naquet

Les révisionnistes et les négationnistes français existent depuis les années 50. Ils ont une spécificité, qui les distingue des italiens ou des Américains : leur filiation n’est pas d’extrême droite. Leur public, ceux qui les entendent et les suivent, est celui de Le Pen, pour appeler les choses par leur nom. Mais les intellectuels qui fournissent à ce public des denrées viennent en fait de l’ultra-gauche. Rassinier, cet ancien député socialiste devenu le père du révisionnisme, a fait, dans les années 50, le pont entre l’extrême droite et l’ultra-gauche.

Il ya une filiation Bardéche-Rassinier-Duprat-Faurisson située entièrement à l’extrême droite si l’on considère que Rassinier passe à l’extrême droite, lorsqu’il commence à publier chez Bardèche et dans Rivarol, son adhésion à des organisations anarchistes étant plus stratégique que politique. D’autre part, PVN est souvent peu précis sur l’ultra gauche bien qu’il ait été sympathisant de Socialisme ou barbarie. Rassinier n’a jamais été d’ultra gauche (qui comprend les conseillistes et les bordiguistes). Il a été sommuniste, socialiste et pseudo-anarchiste.

Sur les trois derniers mois de l’année 1978, le négationnisme est devenu comme disent les anglo-saxon « an issue », c’est à dire un sujet jugé important par les médias, les politiques, les militants…Et cela grâce à deux scandales. D’abord, en octobre, un interview de Darquier de Pellepoix, commissaire aux questions juives de Vichy, qui déclare15

«Je vais tn_10116_louis-darquier-de-pellepoixvous dire, moi, ce qui s’est exactement passé à Auschwitz. On a gazé. Oui, c’est vrai. Mais on a gazé les poux.»

Du coup, les journalistes s’intéressent à ce qu’on appelle encore le révisionnisme16 : le Matin de Paris17 titre « Les chambres à gaz n’existent pas »18. Sous ce titre racoleur, la dénonciation d’une intervention négationniste de Faurisson, faite lors d’un colloque en janvier. La réaction des militants d’ultra-gauche, ex de la Vieille taupe (fermée en 1972) est typique de ce qu’on appelle le campisme : si Faurisson est attaqué par les élites, c’est qu’il touche quelque chose d’important. Pierre Guillaume et ses amis, dont des anciens de la revue Le Mouvement communiste (Dauvé and co), signent une lettre hallucinante, publiée dans Libération19 ; comme, dans Le Matin, Faurisson s’est réclamé de Rassinier, les signataires affirment que ce dernier est un homme de gauche, socialiste et pacifiste. C’est comme si Mélenchon et Besancenot écrivaient un communiqué pour affirmer que Soral était toujours communiste !

Sans les excuser, les signataires viennent de participer à un faux Monde diplomatique où ils tentent de prouver que Baader ne s’est pas suicidé. Ils peuvent donc se sentir en guerre contre cette démocratie bourgeoise qui , en cas de menace , peut se comporter comme une dictature. 20Ils l’exprimeront, en 1983 dans un texte où ils prennent quelques distances avec la VT2. Mais ils l’expriment avec des mots de négationnistes !

« Un très grand nombre (que nous vous laissons fixer) de Juifs, et Baader et ses camarades ont été tués par l’État allemand et le système capitaliste mondial. »21

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1Paul Rassinier Le Véritable procès Eichmann ou les Vainqueurs incorrigibles, Les Sept Couleurs, 1962

2PVN, op.cit

3Paul Rassinier Le Drame des Juifs européens, Les Sept Couleurs, 1964

4Non pas lui ! PVN révise l’histoire juive. Il n’y a qu’une tribu perdue, celle de Dan. (de mémoire).

5PVN, op.cit

6N. (Dauvé, Quadruppani et al. ) « Le Roman de nos origines : Histoire et petite histoire des quinze dernières année : 1972 », La Banquise N°2, 1983. Du coup traiter les gens de la VT « d’intégristes du marxisme stalinophobe » n’est pas faux, contrairement à ce qu’affirme Yves Coleman in Pierre Milza : Un prof bien mal inspiré mondialisme.org [online] http://mondialisme.org/spip.php?rubrique11

7VT1 : la première Vieille Taupe ( 1965-72) ultra gauche. VT2 la deuxième Vieille Taupe (1979) négationniste.

8Yves Coleman Increvables négationnistes, chapitre 4 mondialisme.org, septembre 2014 [online] consulté le 28/01/2017 http://mondialisme.org/spip.php?rubrique151

9Ce militant nationaliste-révolutionnaire (et donc néo-fasciste) est un des artisans du FN dont il a été n°2. Responsable de la diffusion du négationnisme à l’extrême-droite ( entre autres chez les Le Pen), il se présente comme « révisionniste » dans son Histoire des SS . Il avait des liens avec des militants de l’OLP. cf Nicolas Lebourg, http://www.lemonde.fr/week-end/visuel/2011/04/08/francois-duprat-une-histoire-de-l-extreme-droite_1504004_1477893.html

10Les nationaux, réactionnaires et cathos, pétainistes, s’opposent aux nationalistes, révolutionnaires, néo-fascistes. Ces distinction née dans les milieux nationalistes est reprise par les historiens.

11« Les mésaventures du sectarisme révolutionnaire » in Alain Bihr, Négationnisme : les chiffonniers de l’histoire, Éditions Syllepse et Golias, 1997 [online] http://www.phdn.org/negation/bihr1997.html

12Yves Coleman op cit , chapitre 4 http://mondialisme.org/spip.php?rubrique151

13David Irving, Hitler’s War, Viking press, New York, 1977.

14Valérie Igounet, « Un négationnisme stratégique », Le Monde diplomatique (mai 1998)

15L’Express 28 octobre 1978 cité par Yves Coleman, op.cit, chapitre 5 [online] [PDF] http://mondialisme.org/spip.php?rubrique151

16Le mot « négationniste », plus clair, n’est inventé qu’en 1987.

17Quotidien proche du PS, destiné à préparer la victoire de mai 1981.

18Le Matin de Paris, 16 novembre 1978.

19Pierre Guillaume, Gille Dauvé, Serge Quadruppani et al. « Connaissez vous Rassinier » Libération 22 janvier 1979, cité dans Serge Thion, Vérité historique ou vérité politique, la Vieille Taupe, 1980, p. 139

20N. (Dauvé, Quadruppani et al. ) « Le Roman de nos origines : Histoire et petite histoire des quinze dernières année : la Vieille Taupe 2 et l’affaire Faurisson  », La Banquise N°2, 1983 [online] http://archivesautonomies.org/spip.php?article306

21La Banquise (cf infra)

Les tortionnaires de l’histoire Qu’est ce que le négationnisme ? 2/6

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Bordiga sur l’antifascisme (vomir)

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270271En 1960 paraît Auschwitz ou le grand alibi : ce texte qui ne crée pas de remous à l’époque aura des conséquences très importante dans la période confuse de l’après 68. Gardons-nous de l’anachronisme critique. A lire aujourd’hui, après qu’on ait mesuré tout ce qu’implique le révisionnisme par rapport à la Shoah, ce texte est juste à gerber, et il est étonnant qu’un site situé à l’ultra gauche, et semble-t-il, exempt de confusionnisme ait choisi de le republier sans précautions oratoires. Longtemps attribué à Bordiga lui-même, ce court article est en réalité de Martin Axelrad (1926-20101), un universitaire, professeur de physique2juif athée.3 Il est paru dans le N°11 de la revue Programme communiste. Cette revue était l’organe des « bordiguistes » de France. Bordiga (1889-1970) était un intellectuel du PC italien, exclu pour s’être opposé, en 1922, à la ligne antifasciste adopté par la majorité du PCI. Et en Italie en 1922 il fallait être particulièrement buté ! C’est inconcevable aujourd’hui : Bordiga se réjouit même de ce qui est anti-démocratique dans le programme des fascistes, puisqu’ils s’attaquent à la démocratie «  bourgeoise »

« Les fascistes veulent jeter à terre la barque parlementaire ? bordigaMais nous en serons très contents. »4

Argument ( 9 ) : les ennemis de la démocratie (bourgeoise sont nos amis. Ancien Syndicaliste-révolutionnaire, Bordiga s’appuie sur sa théorie de l’autonomie ouvrière intégrale ( il est donc l’ancêtre de tous les autonomes) 5 Il s’oppose donc à toute compromission avec des partis, des institutions, des associations etc non ouvrières, et donc, dans son esprit non marxiste-léniniste. Il pense que le fascisme n’est que l’aile violente de la démocratie. De surcroît, estimant que le capitalisme ne peut vivre qu’en démocratie, il la désigne comme premier ennemi des communistes. Et se vantera d’être plus anti-démocrate que les fascistes.

Aux actuels champions du mouvement fasciste, nous voulons rappeler que pour eux cette démocratie ( pour laquelle nous n’avons jamais eu de faiblesse et pour laquelle nous promettons de ne jamais en avoir ) a autrefois eu de la valeur !

Parti du mensonge démocratique, le fascisme y retournera 6.

Enfin, contrairement à ce que l’on dit souvent Bordiga n’est pas anti léniniste, il est ultra léniniste. Il défend un centralisme ( le pouvoir aux dirigeant du parti) exacerbé. Pourtant ses thèses vont gêner Lénine a une époque où celui-ci a besoin de s’appuyer quelques temps sur les sociaux-démocrates, en Russie. Dans La maladie infantile du communisme ‘(« Le Gauchisme »)7, Lénine va donc condamner Bordiga, en expliquant, en gros, qu’il a tort d’avoir raison, d’être léniniste, quand Lénine ne l’est plus. Il pourfend aussi, pour faire bonne mesure, ceux qui, au contraire, défendent l’anti-centralisme : le pouvoir aux conseils ( ou soviets) d’ouvriers, au moment ou les bolcheviques s’attaquent au soviet de Cronstadt : les gauches communistes allemandes et hollandaises. Depuis, les gauches italienne et germano-hollandaise (se réclamant entre autres de Rose Luxembourg) sont rassemblés dans le terme « ultra-gauche8 9» confondus à tort avec leurs pires ennemis les gauchistes10 ( trotskistes donc léninistes et maoïstes donc staliniens) et encore plus à tort avec les anarchistes. Qui ne sont même pas marxistes. (voir notre mindmap des courants de la gauche.). En France, l’organisation d’ultra-gauche la plus influente fut Socialisme et Barbarie, groupe et revue (1949-1965) fondée par d’ex-trotskistes ( qui trouvaient que ce courant ne dénonçait pas suffisamment la bureaucratie soviétique11)., qui se rapprocha du conseillisme, tout en étant rejoint par des bordiguistes12. Comme S&B s’éloigne de plus en plus de l’ouvriérisme et du marxisme, une scission fait naître en 1963 le groupe et la revue Pouvoir ouvrier, dont fait partie Pierre Guillaume (1940-) qui en 1965 crée la Vieille Taupe avec Guy Debord13, selon lui. Exclu de PO en 1967, Guillaume réunit autour de lui et Jacques Baynac (1939-), un petit groupe conseilliste, perméable au bordiguisme, à cause notamment de Gilles Dauvé (1947-)14.

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Le moins qu’on puisse dire est que Bordiga n’a pas perçu le caractère particulier du fascisme15 et de sa variante nazie, qu’il classe parmi les partis bourgeois avec les sociaux-démocrates. Proche des syndicaliste révolutionnaires, il n’a pas « vu » que certains de ses anciens camarades, via le soutien à l’interventionnisme en Éthiopie puis contre l’Allemagne en 1914-1918, s’étaient rapproché de nationalistes de droite et étaient parmi les cofondateurs du premier fascisme. Ses partisans continuèrent dans la même cécité : sous l’Occupation, en France ces militants ne se préoccupèrent que de réunions et de congrès, condamnant les trotskystes résistants, qui « avaient choisi un camp impérialiste contre un autre » 16. Ce confusionnisme explique la parution d’Auschwitz ou le grand alibi. Ce texte se veut une analyse plus-marxiste-que-moi-tu-meurs, du génocide. Il se présente comme une réponse à une campagne du MRAP17 ( alors contrôlé par le PCF) portant sur les 50 millions de morts causés par le nazisme, dont six millions de juifs. L’auteur dédouane d’abord le nazisme, en accusant le capitalisme d’être à l’origine des 50 millions de morts. En effet, dans l’analyse délirante de l’auteur, le but de la guerre est de détruire la surproduction inhérente au capitalisme. Surproduction de marchandises, mais aussi … d’humains. Puisque , (c’est une autre connerie de Marx18), les bébés, sous le capitalisme sont des productions comme les autres.19Parti dans le grand n’importe quoi, Axelrad continue en donnant son explication de l’antisémitisme nazie. La crise économique sévit en Allemagne, la petite et moyenne bourgeoise est touchée, elle se sent une classe menacée par le capital, qui vise à étendre son emprise, au détriment des classes moyennes. Par ailleurs, les juifs allemands seraient tous des membres de la classe moyenne (essentialisme dont on trouve les origines dans Marx himself :

« Quel est le culte profane du Juif ? Le trafic. Quel est son Dieu profane ? L’argent.» 20

Pour se sauver ou plutôt retarder son inéluctable disparition, la classe moyenne désigne une partie d’elle même pour être sacrifiée : les juifs. Le sacrifice est d’abord économique : on interdit aux juifs de pratiquer une activité rémunératrice. Puis on leur demande de partir, mais ils ne peuvent pas parce qu’aucun pays capitaliste ne veut de bourgeois ruinés(sic). La guerre arrive, les nazis, braves gens embarrassés par ces juifs sont bien obligé de les enfermer et puisque les Nazis sont des capitalistes ( vous suivez?) tentent de les tuer par le travail. Argument (10) : les juifs sont mort, non gazés, mais victimes de leurs conditions de travail et de vie particulièrement dures. Mais ça ne marche pas, le travail tue lentement. Les nazis hésitent cependant à les assassiner (sic). Ils tentent donc de les vendre ( là on tombe dans une rumeur digne des Protocoles) : les Allemands proposent aux Américains21 de leur livre un million de juifs contre dix mille camions. Les Américains refusent ! Pour montrer qu’ils ne plaisantent pas les « capitalistes » nazis commencent à exécuter des juifs, tout en continuant à négocier : vous en prenez 100 000 ? Ils en livrent quelques uns en Suisse comme acompte.

Pour Programme communiste : " travailleurs exploités "
Pour Programme communiste :  » travailleurs exploités « 
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Pour Programme communiste : « capitalistes effectuant un audit »

Cette odieuse réécriture de la Shoah se drape dans une vertueuse indignation : les capitalistes ( et leurs alliés réformistes du PCF!) se servent ensuite des millions de morts juifs pour justifier la férocité du capitalisme, le massacre des autonomistes algériens à Sétif, Hiroshima, les expériences médicales menées sur les pauvres, bref tout ce que le capitalisme fait à l’homme en le traitant comme une marchandise.

8 mai 1945, Sétif (Algérie)
8 mai 1945, Sétif (Algérie)

Argument (11) : la Shoah est utile au capitalisme donc c’est un mensonge. Remplacez « génocide » par « 11 septembre » et vous avez la base de tout le complotisme actuel. . Contrairement à ce que l’on dit souvent ce texte ne critique pas le génocide comme alibi de la création d’Israël. Il refuse juste de reconnaître le rôle du racisme maladif et viscéral des Nazis, expliquant tous les massacres et déportations ( des juifs, des palestiniens) en terme d’utilité économique ; le capitalisme supprime ou exile ceux qu’ils ne peut pas exploiter. La pauvreté de l’argumentation22, fondée sur une anecdote invérifiable ( la négociation entre des nazis et un politicien anglais tous disparus), le délice halluciné qui transforme le capitalisme en une sorte d’entité malfaisante une jour allemande, un jour américaine, tout aurait du faire oublier ce texte de circonstance. Pourtant il sera plusieurs fois réédité23, et servira de caution au négationnisme d’extrême-gauche24. De surcroît, il est toujours revendiqué par les bordiguistes officiels (Les 3 PCint et le CCI)25 En gros il repose sur le raisonnement ( ou l’aporie) suivante : 1) les capitalistes sont les responsables de tous les maux de l’humanité. 2° quand d’autres sont responsables des maux, ils sont immédiatement baptisés capitalistes. Ainsi les Nazis, les électeurs du Front national, les violeurs, les terroristes islamistes : des capitalistes on vous dit. Remplacez « capitalistes » par n’importe quel groupe humain construit ou inventé : les juifs, les sionistes, l’oligarchie, les Illuminatis, les extra-terrestres, et vous pouvez bâtir n’importe quel discours complotiste.

‘Attention la photo en dessous des notes est très choquante elle montre le cadavre d’une jeune Japonaise après le bombardement d’Hiroshima.

L'équipage et le bombardier d'Hiroshima
L’équipage et le bombardier d’Hiroshima

1Cf Jean Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier éditions de l’Atelier 2006 http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article145639

2Yves Coleman , op.cit chap 3, http://mondialisme.org/spip.php?rubrique151

3Sur les juifs qui contribuent à l’antisémitisme et pour répondre aux défenseurs de Chomsky comme à ceux qui soulignent que Soral, Dieudonné, et autres crevures antisémites ont des juifs par leurs soutiens, lire . Robert Wistrich, From Ambivalence to Betrayal (De l’ambiguïté à la trahison.), Jack Jacobs, On Socialists and the Jewish Question after Marx, New York University Press, 1992 et Colin Schindler Israel and the European Left. Between Solidarity and Delegitimization, Continuum, 2012.

4Amedeo Bordiga « Le régime à la dérive », Ordine nuovo , 26 juillet 1922

5Cf Wikipédia et PCF(mlm), L’Italie fasciste et l’antifascisme -11e partie :Amadeo Bordiga et le bordiguisme lesmaterialistes.com, juillet 2016. Avec quelques précautions : on ne peut guère attendre d’objectivité sur un anti-staliniens de la part d’un parti maoïste.

6Amedeo Bordiga, Sur le cadavre de la démocratie, Stato operaio, 13 août 1923 http://lesmaterialistes.com/amadeo-bordiga-cadavre-democratie-1923

7Vladimir Illitch Lenine La maladie infantile du communisme ‘(« Le Gauchisme »), 10-18, 1962 [online] http://classiques.uqac.ca/classiques/lenine/maladie_infantile_du_communisme/maladie_infantile_du_communisme.pdf Consulté le 28/01/2017

8Il ne semble pas que les militants du courant germano-hollandais aient trempé dans le négationnisme.

9Alors que Bordiga approuva l’écrasement du soviet de Cronstadt, et alla m^me jusqu’à approuver maladie infantile

10Je simplifie, pour épargner les lecteurs les moins au fait de ces guerres pichocrolines, on parlera du POUM une autre fois !

11Roland Simon, Les Chemins non tracés, Histoire critique de l’ultragauche/ Trajectoire d’une balle dans le pied, Senonevero, 2009

12Cf Castoriadis, Socialisme ou barbarie (9 vol.) 10/18, 1974 à 1979.

13Issu de l’avant-garde culturelle, les situationnistes, dont Debord est un des théoriciens, sont proches politiquement d u conseillisme. ,

14C’est donc par erreur que Pierre Vidal-Naquet ( oh non , pas lui !) qualifie la Vielle taupe d’anarcho-marxiste, développant ensuite en quoi elle est marxiste, mais ne disant plus un mot sur le côté anarchiste, employant là une méthode des négazio in PVN, op cit p.21

15Amedeo Bordiga, « Le fascisme », il comunismo, 17 novembre 1921

16Philippe Bourrinet Le courant « bordiguiste (1919-1999) auto édité, sd [Online] https://bataillesocialiste.wordpress.com/2015/04/20/le-courant-bordiguiste-1919-1999/

17Mouvement contre le racisme et l’antisémitisme et pour la paix (alors, il a ensuite changé la déclinaison de son sigle).

18Utilisée aujourd’hui par les adversaires de la PMA/GPA.

19C’est plutôt inquiétant pour la vie sexuelle de Jenny et Karl mais cela ne nous regarde pas.

21Là se situe, discrètement, une accusation digne de Rassinier : les réseau clandestins d’aide aux juifs seraient créés en accord avec les Nazis, qui peuvent ainsi mieux contrôler l’évasion ( qu’ils souhaitent selon la logique cinglée de l’auteur) des juifs.

22Comme le fait remarquer Yves Coleman, op cit, chapitre 3, d’un point de vue marxiste l’auteur commet l’erreur d’ignorer qu’il y a de nombreux ouvrier juifs, à l’origine du Bund, parti socialiste ouvrier juif.

23En 1970 par la VT1, et octobre 1973 par Le Mouvement communiste n°5 (de Gilles Dauvé), et selon Vidal-Naquet en 1979 de nouveau par le PCint.

24Martin Axelrad, Auschwitz ou Le Grand alibi, Programme communiste, n° 11, Parti communiste international, 1960

25Des débats entre groupes « bordiguistes » : une évolution significative du milieu politique prolétarien Révolution Internationale, 6 juillet 2005 [Online] https://fr.internationalism.org/rinte93/bordiguistes.htm consulté le 20/01/2017

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