Croire en ce qu’on fait, ça change tout

Seuls ceux qui luttent savent !

Quartiers libres

La grande leçon du moment, ce sont les militant.e.s kurdes et la résistance kurde qui la donnent par l’exemple.
Ces personnes dont on ne parle pas ou peu et dont on ne cite jamais la véritable identité politique.

manifestation_Kobanê_Paris01112014
La résistance militaire à Kobanê face aux troupes de Daesh est présentée comme exemplaire. Pourtant celles et ceux qui la mènent ne sont jamais véritablement mentionné.e.s. On les présente comme des féministes ou des laïques qui luttent héroïquement.
En revanche, on entend plus souvent parler des Kurdes irakiens, « les Peshmergas » dont on parle beaucoup parce qu’ils sont les alliés des Américains.
Mais le fer de lance de la lutte sur le terrain n’est jamais nommé. Pourtant,

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André Dellis : mort d’un lutteur #précaire

Je viens d’apprendre sur le site du MNCP, la mort d‘André Dellis, l’un des pionniers de la lutte des précaires depuis prés de 30 ans. Je n’étais pas l’un de ses proches et j’étais opposé à la plupart de ses choix militants, mais je tiens à parler de lui, parce dans la mémoire de l’humanité qu’est devenu Internet les précaires prennent trop peu de place. L’histoire est racontée par ceux qui gagnent, et je constate souvent combien les mouvements de chômeurs ignorent leur propre histoire.

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marche chomeur

André avait créé l’Association des demandeurs d’emploi et précaire (Adep) en 1986 (1) à Aire sur la Lys (Pas de Calais) puis plusieurs associations dont le but était d’aider les plus démunis et de fournir des emplois d’insertion à certains d’entre eux. En même temps l’Adep défendait les revendications de chômeurs.

André faisait donc partie de cette première vague de militants qui ont créé, autour du charismatique Maurice Pagat, le Mouvement national des chômeurs et précaires ( MNCP) en 1986. Ce mouvement fédérait les Maisons de chômeurs et le Syndicat (parisien) des chômeurs et mêlait comme l’Adep entraide et combat politique. Ce positionnement a historiquement sa légitimité : le syndicalisme ouvrier français trouve ses racines dans les sociétés d’entraide et les bourses du travail (dont le but initial était de fournir du travail aux ouvrier-e-s). Cependant à notre époque, l’assistance, telle que la conçoit le MNCP nécessite l’aval des pouvoirs politiques et je pense (et c’était la position de l’ex Collectif des chômeurs et précaires de Lille dont j’étais membre) que les précaires n’ont rien à gagner au soutien intéressé des politiques. C’est aussi ce que disent façon bourrés-bourrins ou façon gauchiste universitaire un anonyme de la défunte CNT-Sans emploi et précaire du Béthunois et Marc Leleux auteur de l’excellente Histoire des sans-travail et des précaires du Nord

On remarquera les efforts de tous ces gens pour ne pas employer le mot chômeur qui doit porter malheur comme sida, cancer, ou Holllande.

Un mouvement vite ringardisé

Dés 1994, dans le Nord-Pas de Calais les associations du genre de l’Adep étaient ringardisés par AC !, un mouvement de chômeurs lancé par la CFDT-ANPE (3) sur Lille, où le MNCP n’était pas représenté. AC ! avait un joli sigle et une attitude rebelle. Il a été très actif dans les mouvements de 1996-1997. A Lille aujourd’hui il siège dans les comité d’usagers de Pôle emploi et certains de ses dirigeants sont très proche du PS. Il paraît que tous les poètes finissent trafiquants d’armes. Assistant à quelques réunions de lancement d’AC ! Lille j’avais déjà pressenti cette évolution les militants de base qui voulaient brûler les agences ANPE se faisaient rabrouer par les cadres ANPE syndiqués à la CFDT.

Dirigeant le Journal des Assises ( régionale du Travail et de l’emploi) en 1994 (4), j’ai assisté aux réunions du groupe de travail sur les chômeurs. J’avais beaucoup de plaisir à y trouver André Dellis qui, bien que fidèle au Mouvement qu’il avait co-créé n’avait pas le tempérament consensuel que l’on reproche parfois au MNCP. Je me souviens particulièrement d’un de ses coups de gueule. Un participant avait évoqué la nécessité de réprimer plus durement le travail au noir, en demandant que les forces de l’ordre soient davantage motivées à le réprimer. Puis, maladroitement il avait évoqué les chômeurs qui font des « brocantes » comme on dit dans le Nord, du travail au noir. André était parti dans une colère à la Raimu : comment pouvait on accuser des chômeurs de travailler ! Avec une certaine mauvaise foi il assurait que la plupart du travail au noir dans son coin était accompli par des gendarmes, qui utilisaient ainsi les nombreuses heures où ils étaient payés à ne rien faire, et qui utilisaient pour cela le matériel et les matériaux de l’État. Personne n’avait osé le contredire.

En 2004 André avait soutenu activement une mère de famille Tassadit Menni, en grêve de la faim contre une réforme de l’Assedic qui la privait de ressources. En 2012 Il était déjà très malade. Elle s’est immolée par le feu dans le bureau d’un élu. cela n’a peut-être pas de rapport. Mais André était de ceux qui savaient que pour aider les gens il faut d’abord les aimer. Il manquera.

 

marches chomeur

  1. Je mets un lien vers un article de CLP ( correspondant local non-journaiste )qui vu sa qualité aurait mérité d’être signé.
  2. Histoire des sans-travail et des précaires du Nord, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires Septentrion, 2013, 368 p. genre 25 euros. Mais l’auteur ne cite même pas le MNCP.
  3. Et cela va sans dire par la Ligue communiste révolutionnaire ( la mère du NPA).
  4. Avant de laisser tomber, pour protester contre la réécriture des articles de mon équipe par des conseillers de la présidente verte du Conseil régional du Nord-Pas de Calais et la censure constante des dessins de Rémi qui est un génie

Deezer Des gens sans importance

J’entends j’entends.