Liste des sites conspirationnistes-« La conjuration des idiots » ou « Le complot des maîtres du monde »-les chiens de garde de la crétinerie universelle-Obama,Hollande,Merkel et compagnie

Qu’est-ce que le racialisme ?

Nouveau racisme pour les uns, nouvelle mouture du marxisme pour d’autre, le racialisme aliment les bavardages, dans les milieux qui attendent la révolution au lieu de la faire. Nous allons voir ce qu’est exactement cette nouvelle théorie, et examiner en quoi elle peut être dangereuse, enfin nous donnerons notre opinion sur la sortie de ce débat. Ceci semble concerner uniquement les milieux qui s’étendent à la gauche de la gauche de la gauche. Mais François Fillon vient d’employer le mot « race »1, brisant un tabou ( et violant la loi.) La connerie c’est comme le chiendent, tu peux l’arracher, elle repousse.

 

Le racialisme c’est la croyance qu’il existe des *races : noire, blanche, jaune, “bronzés,” musulmans… Je sais que ça semble absurde mais c’est ainsi que certains voient le monde.Depuis longtemps, les scientifiques ont déterminé que les races n’existaient pas. La couleur de la peau n’est qu’un critère biologique parmi une cinquantaine qui permettent de distinguer des groupes humains entre eux. Si vous n’êtes pas convaincus voici une brochure de l’Unesco qui fait le point sur les avancées scientifiques ( dans les années 70!) sur le sujet. http://unesdoc.unesco.org/images/0000/000055/005546fo.pdf

Et rien ne permet de mettre en relation la couleur, développée en fonction de l’ensoleillement, et l’intelligence ou le caractère d’un individu. C’est la même chose pour d’autres caractéristiques physiques : les yeux bridés, qui protègent les yeux du froid etc…Certains scientifiques admettent l’existence des ethnies : des groupes dont des individus se sentent membres, parce qu’ils pensent posséder en commun certaines caractéristiques physiques mais surtout des traits culturels : langue histoire commune, volonté de vivre ensemble etc. Plus largement, à écouter des témoignages d’amérindiens, certaines ethnies s’inscrivent dans un écosystème plus vaste. Un Cheyenne pouvait se sentir membre du système de la plaine, qui comprenait aussi les bisons, les rivières, le soleil etc. (la naissance de l’écologie oit beaucoup aux tribus amérindiennes). Mais ces appartenances, contrairement à ce qu’écrit Lordon2 ne préexistent pas à l’individu. Je peux choisir d’émigrer au Québec, et me sentir dans dix ans Québecois, canadien francophone, ou nord-américain d’origine française. Mais encore une fois ces appartenances (un individu peut en avoir de multiples, successives ou simultanée : français et juif et tunisien…) ne permet pas de présager chez un individu une intelligence ou une morale particulière.

Le raciste hait quelque chose qui n’existe pas. Il a peur d’un fantôme. Le racisme est un essentialisme. L’essentialisme consiste à fixer quelqu’un dans une de ces caractéristiques (femme, noir, Italien, communiste, vieux, bouddhiste) et de lui coller un fardeau de caractéristiques supposée : femme = sensible, menteuse…, Italien = joyeux, fainéant…. C’est ce que Maalouf appelle “les identités meurtrières”. On se souvient que les membres du “Gang des barbares” pensaient que juif = riches.

Bons et mauvais racistes

On doit réserver le terme de racisme à la description de la domination des forts sur les faibles. Les forts le sont par leur nombre, leur histoire, leur pouvoir économique et/ou la structure étatique. C’est pourquoi il est difficile de parler de *“racisme anti-blanc”. Dans une cité HLM ; où un pouvoir cynique a parqué les enfants de l’immigration avec les pauvres gaulois, un ado céfran peut se sentir rejeté, harcelé, menacé. Mais à deux stations de métro de là, il redevient membre de l’ethnie dominante. Un “racisé” (victime du racisme) n’est jamais quitte ; sorti de son ghetto, il croise le racisme partout. Dans le regard des usagers du métro, au guichet de la Caf, dans les réponses à ses demandes d’emploi, dans les contrôles policiers, à l’entrée de la discothèque, dans les journaux télévisés, les discours politiques, j’écris ton nom : racisme.

Le réflexe naturel lorsqu’on est victime de l’essentialisme est de nier les différences entre êtres humains. C’est ce que font les féministes ou les antiracistes, par exemple. Dans les années 60, une grande exposition était intitulée “The family of man” on y voyait que, dans toutes les ethnies, les femmes aiment leurs enfants, que ceux-ci aiment jouer, que les hommes aiment boire ensemble en rigolant3. Certains dominés développant une sorte de syndrome de Stockholm vont au contraire, accentuer les différences sexuées ou ethniques en les présentant comme des qualités. C’est le “black is beautiful” des afro-américains, la gay pride etc… Poussé dans ses retranchements, cette logique confère toutes les qualités au groupe dominé auquel appartient le locuteur, et les nie chez les autres. On pourrait parler de Lgb-isme. Concernant les ethnies, on appelle cette idéologie le racialisme. Cette idéologie est portée par les Indigènes de la République et leurs alliés pour qui la France est divisée entre racisés colonisés et colonialistes racistes. Ainsi ils parlent “d’extrême-gauche coloniale”. Le racialisme est également une constante à l’extrême droite. Certains soucieux de se démarquer des racistes indéfendables soutenaient les pays arabes en lutte, en espérant qu’on pourrait leur renvoyer leur ressortissants. Certains antisémites soutiennent Israël, qui est le meilleur moyen de débarrasser l’Europe de ses juifs. Comme il y a « des bons et des mauvais chasseurs », selon Les Inconnus, il y a les racistes qui veulent construire des camps d’extermination, et il y a les racialistes qui veulent entourer l’Afrique de fer barbelé et miner le Bosphore.

Les racistes véhiculent encore, quoi qu’en pense les intellectuels de nombreux relents de racisme biologiques. Les racialistes plus malins, mettent en avant les différences fondées sur l’histoire ( du colonialisme, de l’esclavage) ou sur la culture ( religion, coutumes pseudo esprit national. ) De la même façon que les études coloniales ont laissé leur place à l’ethnologie( qui cherche à mettre en lumière les différences entre ethnies) et à anthropologie qui cherche au contraire à relever ce qu’il peut y avoir de commun entre tous les hommes.

 

Pourquoi le racialisme est-il nuisible ?

Le racialisme est nuisible pour de nombreuses raisons. Entre autres, il empêche le racisme mourir d’inanition. , en redonnant tout sa vigueur au concept de « race ». ce n’est pas involontaire. Le racisme est l’ennemi idéal du racialisateur. Comme le néo-luddite a besoin du transhumanistes, l’antisémite du sioniste… On est dans l’ordre de la paranoïa comme le signale Christelle Massacrier dans on rapport de recherche. « PARANOÏA ORDINAIRE ET THÉORIES DU COMPLOT »4

« La confusion ramenée à l’incompréhension entraînerait une forme de suspicion (« On nous cache quelque chose »), qui peut tout à fait rappeler la rencontre de « l’énigme de l’Autre absolu » (Lacan) engendrant angoisse et perplexité. Le rôle de la théorie du complot serait dès lors de drainer le malaise perçu, survenant sur un terrain social insécurisant, en en donnant une explication, ce qui n’est pas sans rappeler le « travail du délire » (Freud) comme tentative de guérison. »

 

Le racialisateur est presque toujours un confusionniste ; il feint de partager des combats marxistes ( le PIR, le FUIQP) ou libertaires ( Les mots sont importants) mais n’a pour but réel que d’accroître les divisions au sein du prolétariats et des classes moyennes radicalisées. Las nazbolis ( nationaux-bolchéviques » disent, nous prenons tout le marxisme, sauf que nous remplaçons «  lutte des classes » par « lutte des races ».

Le racialiste joue sur un sentiment de culpabilité de l’homme « blanc » : l’idée que quoi qu’il fasse il ne pourra jamais trahir sa classe d’origine ( sauf par l’écriture selon Barthes5). il aura beau se prolétariser ( devenir ouvrier) ou se marginaliser ( squatter, pratiquer l’illégalisme) il se toujours moins dominé qu »une femme noire, ou un trans algérien.

Le racialiste n’aime pas les Lumières. Saïd Bouamama dans son pamphlet « La France » 6 met en avant tout ce que les philosophes de l’Encyclopédie ont pu proférer comme sottise sur les femmes ou les peuples allogènes. Pourtant, l‘individualisme qui naît avec Voltaire et Rousseau, cet individualisme connecté qui se construit dans le contrat social et les règles librement consenties, est le meilleur antidote contre tous les racismes. C’est du simple bon sens. Les racistes les plus extrêmes diront de trois ou quatre racialisés « ceux là, je les connais bien, ce sont des bons ». Inconsciemment, ils extraient ainsi Mouloud ou Moshe de la catégorie meurtrières essentialiste qu’ils ont créé.. L‘individualiste solidaire, qui reconnaît à l’autre toute la liberté de penser et d’agir qu’il revendique pour lui-même ne peut être raciste. S’il perçoit que X ou Y réagit « en musulman » ou « en Italien » il sait qu’alors X ou Y est victime d’une aliénation. Un groupe d’appartenance lui a imposé une explication du monde, une morale etc, qui tente de supplanter son libre arbitre d’individu. Là ou le raciste et le politique voit des groupes humains dotés de caractères simplistes, il voit des groupes d’individus chacun riche d’une complexité.

L’individualisme, qui se développe au cours du XIX ème siècle trouve sa forme politique dans la Révolution française, et sa Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, critiquable certes, mais qui établit les droits de l’individu face au despotisme. C’est une époque ou la défense de l’individu atteint des sommets eux aussi critiquables : on interdit les associations ouvrières, en même temps que les corporations, et Napoléon peut déclare

« Tout aux juifs comme individus, rien aux juifs comme nation »7 

Mais on peut considérer avec les hégeliens de gauche ( Marx, Bakounine etc) que le passage par cette révolution bourgeoise était nécessaire. L’ouvrier devenu individualiste comme le reste de la société, en vient à se dire que pour défendre ses droits d’individué à l’émancipation totale, il a intérêt à s’allier avec d’autres ouvriers. Faut-il rappeler ici que des anarchistes individualistes sont, alliés à d’autres, à l’origine de la CGT. Lorsque le racialisateur parle, il nie l’individu. Un « racisé » est par essence fruit de la colonisation qu’ont subi ses grands parents. Il n’a pas d’autre choix que d’être solidaire d’autres racisés, fussent-ils antisémites ou juste stupides : Dieudonné, ou Kémi ba 8

 

L’essentialisme est une maladie qui envahit toutes les zones du cerveau9. Un essentialiste de la race, l’est aussi du genre de l’espèce etc. Il n’est guère étonnant que les féministes aient à redire des textes du PIR https://blogs.mediapart.fr/melusine-2/blog/200616/bouteldja-ses-soeurs-et-nous

 

Comment sortir du débat délétère sur la « race »

 

Je ne pense pas qu’il faille discuter avec des racistes, fussent-ils racialistes. Fin du game. Chaque orga doit se demander s’il est opportun de continuer à signer des appels où figure telle ou telle orga racialiste. Je pense qu’il serait nécessaire d’établir un cordon sanitaire, au moins temporaire, jusqu’à ce que ces organisations se positionnent clairement sur les propos sexistes ou antisémites des Indigènes, par exemple.

 

2« Dans Imperium (2015), Lordon accentue le caractère gluant de la vision de la nation. Son analyse de la place de la nation s’inscrit dans une réflexion plus large sur « la nécessité de l’appartenance » (ibid., p. 38), rendant « impossibles » les « désaffiliations » (ibid., p. 50), dans une vision en termes d’affects qui collent les individus les uns aux autres dans des « corps politiques ». Cela méconnaît les recherches sociologiques sur l’individualisation moderne, des analyses pionnières de l’Allemand Georg Simmel (1858-1918) à celles actuelles de François de Singly, où la diversification des appartenances rend possible le retrait de certains liens, dans quelque chose qui n’a pas à voir avec le « tout ou rien » lordonien : appartenance (« nécessaire ») ou désaffiliation (« impossible »). C’est au sein de ces appartenances collantes que se développe une valorisation de « l’appartenance nationale » (ibid., pp. 47-49), car « aussi affranchi soit-on de son appartenance nationale, on ne l’est jamais tout à fait » (ibid., p. 163). Philippe Corcuff « Guide politique de vigilance anti-essentialiste » in Les Possibles — No. 10 Été 2016.

3Renforçant donc des essentialismes de genre, pour combattre des essentialismes d’ethnies. Ce travers est fréquent voir concernant véganisme et sexisme https://societedelinformation.wordpress.com/2016/12/08/justice-sociale-et-justice-animale-meme-combat/

4INSTITUT DE CRIMINOLOGIE MÉDITERRANÉEN SECONDE ANNÉE (2015-2016)

5Roland Barthes , Le Degré zéro de l’écriture. XXXX

6Saïd Bouamama, La France, Larousse XXXX

7 Azria Régine. Les Juifs de France face à la laïcité. In: Autres Temps. Les cahiers du christianisme social. N°30, 1991. pp. 9-18.. DOI : 10.3406/chris.1991.1450. www.persee.fr/doc/chris_0753-2776_1991_num_30_1_1450. Consulté le 13/12/2007

9 … et la politique cf Philippe Corcuff « Guide politique de vigilance anti-essentialiste » in Les Possibles — No. 10 Été 2016

Non, France insoumise, Chouard n’est pas Marx.

Hier, 14/12/16,  sur Twitter une militante du Front de gauche affirme que la Chouard dit la vérité.

Puis elle traite les chouardistes de « mouvement sympa ». Y a plus farouche contre l’extrême droite !

 

 

Conclusion, Chouard et Mélenchon poursuive le même but, JLM est plus efficace, cependant. Je serais juif, je me renseignerai sur les possibilité d’émigration en Australie.

 

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du coup

je signale le truc sur Twitter : Un soutien de Mélenchon trouve que je surinterprète .

 

Puis il regarde le film et écrit

 

C’est là que je ne suis pas d’accord.

Chouard dans la vidéo décrit un monde de complots ; les riches les patrons, l’Europe, la BCE le FMI tous ces gens créent du chômage volontairement. Ce serait même inscrit dans leurs statuts.

Marx, lui, décrit des phénomènes mécaniques. Les patrons investissent dans des nouvelles machines. Donc ils ont moins besoin d’ouvriers, ils licencient et créent du chômage. Le fait qu’il y ait des chômeurs permet aux patrons de faire chanter les ouvriers, en leur disant : si vous ne voulez pas de ce salaire, d’autres s’en contenteront.

MAIS

1) Marx décrit des phénomènes mécaniques, il ne dit pas que chaque patron se lève le matin en se disant « je vais créer du chômage ». il ne dénonce pas des gens, il ne les hait pas, il décrit une situation.

2) Le but d’une entreprise c’est de rapporter de l’argent pas de créer de l’emploi. Les actionnaires se posent constamment la question : est ce que j’ai intérêt à laisser mon capital investi dans cette entreprise, ou d’acheter de l’or ? Dans la plupart des grandes entreprises, le patron est un salarié qui obéit aux actionnaires. Il doit constamment chercher à augmenter le profit, sinon il est viré. Il n’existe pas de responsabilité sociale des entreprises (RSE). Quand une entreprise reçoit des aides publiques, celles ci viennent augmenter les profits. Elles ne créent pas d’emploi. Ce qui crée de l’emploi c’est le carnet de commande dans l’industrie, ou l’afflux des clients dans le commerce. Ce qui crée du chômage c’est le contraire. Il ne faut pas essayer de rendre les entreprises meilleures, il faut les supprimer.

3) Dire qu’il existe des forces occultes puissantes et maléfiques c’est faux, et c’est démobilisateur. Chouard porte bien son nom chafouin-geignard : plutôt que de dénoncer les patrons qui sont à portée de kalach’, il parle de forces occultes : l’Europe les organismes internationaux, les Juifs les francs maçons, l’oligarchie… Outre que ces discours peuvent être meurtriers ( Chouard est également partisans d’armer les citoyens. Arme + antisémitisme…), ils sont démobilisateurs, inutiles. La décision d’augmenter les salaires, d’embaucher ou de licencier n’appartient pas pas au FMI ou aux francs-maçons, mais aux actionnaires de chaque entreprise. On peut peser sur ceux ci en les prenant en otage , comme le conseille un slogan de manif

«  ils sont inutiles ils coûtent cher, séquestrons les actionnaires »

4) Dans beaucoup de grandes entreprises les actionnaires sont « des veuves écossaises », des milliers de petits actionnaires on peut difficilement tous les séquestrer. Mais on peut peser sur eux via le patron, par le sabotage, le blocage, la gréve, les manifestations.

5) Il faut arrêter de citer Marx comme si celui-ci avait toujours raison. Marx a écrit des sottises.

  • En 1870, Il conseille à ses amis ( encore peu nombreux) de ne pas participer à la Commune. C’est au cours des événements qu’il change d’avis ( voir à ce propos la polémique de bonne tenue sur le site du Monde libertaire), devient enthousiaste et commence à rédiger sa Guerre civile en France .
  • Il a dit pas mal de bêtise sur l’économie : il pensait que si on augmentait les salaires, les ouvriers allaient faire davantage d’enfants. C’est le contraire qui se produit. Il pensait que si le niveau de vie augmentait, cela augmenterait surtout les dépenses de nourriture. C’est faux.
  • La théorie de la « baisse tendancielle du taux de profit » est erronée ; les riches n’ont jamais été aussi riches. Et il y a des centaines de manière pour une entreprise de gagner plus d’argent sans baisser les salaires.  

6) Marx l’a précisé lui même ce qu’il écrit concerne l’Europe de l’ouest dans la seconde moitié du XIX ème siècle. Lénine a adapté la théorie à la Russie du début du XX ème ; Mao a « ruralisé » la chose, l’adaptant à un pays ( la Chine) peuplé surtout de paysans. Aujourd’hui il faudrait réécrire le marxisme de l’ère Google et Facebook. (certains, qu’on nomme communisants le font) 

7) L’économie, en général, est fondée sur la rareté ; ce qui est rare est cher. L’économie néo-classique qui est la pensée dominante actuellement, l’a théorisé : le prix d’un objet a la vertu de gérer le rationnement des bien à consommer, le taux d’intérêt de rationner la consommation de capitaux à investir.1 Marx s’inscrit dans ce paradigme ( cet ensemble de concepts). Il fait sauter un des verrous de la rareté en soulignant que les matières premières sont en abondance dans la nature et que c’est arbitrairement que certains hommes ont décidé qu’ils en étaient propriétaire2. (Rousseau, déjà, puis Proudhon avait souligné que quelque soit la propriété privée elle a toujours pour origine un vol à la communauté humaine).

Keynes défend l’idée que la rareté est socialement construite. C’est le pessimisme des investisseurs et des consommateurs qui crée la rareté. L’investissement est une prophétie auto-réalisatrice.3 Si on ne croit pas à une reprise de l’économie, les capitalistes n’investissent pas dans les entreprises qui ne peuvent pas financer l’innovation, alors que l’innovation déclenche la consommation. Donc les consommateurs n’achètent pas, l’économie stagne et les investisseurs disent « j’avais raison. »

Ce que n’ ont pas prévu Marx et les néoclassiques c’est la nouvelle économie :

– D’une part sur le net on a une économie de l’abondance. Au lieu de se faire payer par quelques clients, dont le nombre est limité par le prix, on cherche à attirer des millions d’utilisateurs gratuits avant de se poser la question de la « monétisation » (comment faire rentrer de l’argent). La question, d’ailleurs est purement théorique au début, ce sont les investisseurs qui en achetant des parts de l’entreprise, font rentrer du blé. Ensuite on peut offrir des services premium ( le modèle de WordPress) faire payer aux entreprises des services sécurisés, ou faire de la pub ou encore, la tendance lourde actuelle, vendre des profils d’utilisateurs. Dans cette nouvelle économie, on le voit, ce n’est pas sur le travailleur que se fait le profit, mais sur le temps de cerveau disponible, sur le client final, qui paie avec son identité. Il faudrait passer de la notion de travailleur exploité à celui d’individu dominé.

Les théories de Guy Debord, un des papes du situationnisme sont ici utiles. Il distinguait le prolétariat comme mode de production, et le prolétariat comme force révolutionnaire. En URSS, au début l’ouvrier est révolutionnaire, il aspire à prendre le pouvoir à travers les soviets ( conseils). Mais pour Lenine, qui feint un moment de donner tous le pouvoir aux soviets ( d’où le terme de républiques socialistes soviétiques), le parti doit diriger, et l’ouvrier travailler : le héros du peuple est Stokhanov, qui fait pèter les quotas de productions. Conseillistes, les situationnistes fixaient comme objectif, non plus uniquement de changer le travail mais de changer la vie.

C’est une des raison de la victoire de Mitterrand en 1981 : il voulait, disait-il changer le monde comme Marx, et changer la vie comme Rimbaud. Les politiques se plantent en pensant que les gens veulent travailler. Ils veulent être heureux.

8) Tous ces gens, comme Chouard, qui font du buzz autour de la dette, de la création monétaire… On assiste à une financiarisation de la contestation, parallèle de celle du capitalisme. Mais quel intérêt ? Une fois qu’on aurait réalisé comme le propose Bernard Teper, un audit citoyen de la dette ( de la France) à quoi ça servirait ? Quelle crédibilité auront un quarteron d’altermondialiste à la retraite, quel poids politique ? Et une fois qu’on a dit que les banques créent la monnaie, pas les banques centrales, on fait quoi ?4 Toutes cette énergie inutile. Heureusement, vient l’anarchiste old school. On brûle les banque, on efface la dette , toutes les dettes. On supprime l’argent, vive le troc, des apéro-trocs partout !

9) Qu’est ce qui reste de Chouard dans la tête des gens qui le suivent ? Un salmigondis de concepts creux, de slogans inutiles. L’idée que tous les politiques sont pourris, sauf Soral, qu’on doit travailler avec tout le monde, antisémites compris, que les vrais fascistes sont ceux qui combattent le fascisme parce qu’ils sont intolérants, de ne pas admettre le fascisme…. Que si on terminait le travail d’Hitler, et qu’on en flinguait quelques millions de plus ont serait plus heureux, entre nous, les goys. Et il faut que les citoyens s’arment. Chouard c’est comme une partie de l’extrême droite, qui s’étend jusqu’aux filloniste de droite : un fascisme pour rentiers, qui s’affolent de voir fondre leur petit capital.

10) Mélenchon, la France insoumise, et une partie du Front de gauche ( laissons à part les marxistes bien armés pour résister à la bêtise), sont contaminés par les dissidents. Ils jouent un jeu mortel, JLM pensent attirer les voix des « dissidents » complotistes, conspis, confusionnistes, celles de la France rance, accrochée à la nation, aux frontière, à l’alterophobie ( la haine de l’autre). On peut lui reprocher ses positions en politique étrangère, le soutien aux dictatures ensoleillées ; on peut lui reprocher son jacobinisme, son centralisme, son autoritarisme ; Tout ce que les anarchistes reprochent aux autoritaires en gros.

Mais il a un truc en plus, qui fait qu’il récolte plus de voix que le PCF : un attitude populiste, poujadiste, xénophobe, qui ne représente pas ce qu’il pense. Pire : c’est ce qu’il est. Un martien qui lirait son programme le prendrait pour un grand humaniste social démocrate. Mais combien d’électeurs lisent son programme ? En montant bout un grand nombre de ses éructations, on a un discours de leader fascisant des années 30. Il a le même fonds de commerce que Marine Le Pen.

11) Mais du coup la France Insoumise attire aussi cette racaille des DC2 : dissidents, conspis, confusionnistes. Les dissidents sont contre le système, notion vague introduite par Le Pen sous l’influence des Nationalistes révolutionnaires ( comment être pour l’État, le capitalisme. Les conspis sont des mégalos qui pensent avoir tout compris de ce qui se jouait en coulisse. Les confusionnistes mélangent idées de gauche et de droite, souvent extrêmes. Ils ont participé à la rédaction du programme de la France insoumise. Le FDG saura-t-il être vigilant ?

12) Les tweets cités plus hauts sont plutôt courtois. C’est très rare au FDG. Sur Twitter, je me fais insulter avec la même hargne par des PG et des frontistes, ce sont les seuls aussi à me bloquer. Par ailleurs, un tweet de mélenchoniste se reconnaît tout de suite. Il est souvent juste sur le fond dans la critique, mais il est insupportable, en général, sur la forme. Que plusieurs leader du FN soient des femmes n’autorise pas à se lâcher sur le sexisme, les gars. Et il y a d’autres arguments que les attaques ad hominem. On se fout de savoir si tel-le politique est intelligent, riche s’il a travaillé pour un employeur juif ou goy. On combat des idées par des êtres vivants. Et si un jour Melenchon dit quelque chose d’intelligent, j’oublierai, c’est promis qu’il a été un arriviste socialiste, qu’il s’est allié à Rocard, qu’il a été sénateur, qu’il touche un salaire et des frais de député européen, et que sa retraite d’ex ministre, d’ex parlementaire, ressemblera aux parachutes dorés qu’il dénonce avec raison.

Encadré

La théorie de la valeur

Pour Marx ce qui fait la valeur d’un objet manufacturé c’est la matière première, plus le travail qui a servi à la transformer. La matière première vient de la nature, elle devrait être gratuite. Donc ce qui fait la valeur d’un objet, ce que l’on paie, c’est le travail qui a été mis en œuvre pour le fabriquer. Par exemple vous achetez une table 100 euros. De quoi est fait sa valeur :

Une partie d’un arbre ( valeur 0) + le travail de bûcherons+ le travail des ouvriers d’une scierie+ le travail d’un ouvrier menuisier+ le travail des transporteurs + le travail des employés du magasin.

Si la société était juste il faudrait répartir l’argent entre les divers ouvriers, contremaîtres, ingénieurs, designers etc.. qui ont contribué concrètement à cette table. Mais chaque étape de travail est réalisé au sein d’une entreprise capitaliste, où le capitaliste qui a fait construire les lieux de production, qui a financé les machines veut également gagner de l’argent, bien qu’il n’ait rien fait. Pour cela il faut que les capitalistes séparent la notion de valeur de celle du prix. Le prix qu’ils proposent est une tension entre le salaire le plus bas qu’accepte les ouvriers et le maximum qu’accepte le marche. Une fois que, mettons, 40 euros aient été versés en frais divers et en salaires, les 20 euros supplémentaires représentent la plus-value, grâce à laquelle le capitaliste se rémunère. C’est dans cette plus value ( qui peut représenter 500 % ou plus des salaires) que réside l’exploitation. Marx montre de surcroît que déposséder l’ouvrier de la valeur de son travail le rend étranger à celui-ci . Il perd la reconnaissance dont jouit l »artisan, alors qu’à l’époque de Marx, les « fabriques » n’étaient que la réunion d’artisans sous le même toit, et que bien des industriels faisaient travailler les ouvrier-e-s chez elleux.

1Léon Walras, Les éléments d’économie politique pure, 1874

2Dans la théorie de la valeur. Cf encadré plus bas.

3(cf Bruno Ventelou, Au-delà de la rareté, Albin Michel, 2001. ) Exemple très concret de pessimisme : Motorola invente le téléphone portable bien avant Nokia, mais pense que ça ne va pas intéresser les consommateurs !

4Schumpeter considère que la création monétaire a un effet positif. Elle supprime de la rareté en permettant l’innovation. (cf Bruno Ventelou, ibid.

CNT ; Formation syndicale

 

 

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Lettre d'infos de la CNT Nord Pas-de-Calais Picardie
https://listes.globenet.org/listinfo/liste-cnt-infos-nord

Site de la CNT Nord Pas-de-Calais Picardie : http://www.cnt-f.org/59-62

Je toi lui nous vous elles ; le polyamour essai de problèmatisation anarchiste.

 

 

 

Le Polyamour une arme contre le patriarcat ? (ici une affiche de propagande nazie)
Le Polyamour une arme contre le patriarcat ? (ici une affiche de propagande nazie)

Je toi lui nous vous elles ; le polyamour essai de problématisation anarchiste.

Projeté hier à Lille, jeudi à Lyon1, le film « Lutine », accompagné par sa réalisatrice fait un tour de France, dans le circuit militant du genre. Ce film s’inscrit pourtant en territoire hétéro. Il parle du lutinage, ou polyamour/. Le polyamour est une situation, une pratique voire une manière de vivre, et quasiment une identité, dans lesquels plusieurs personnes ont des  intimate relationships  avec plusieurs personnes, sans le cacher aux différents partenaires. Le terme anglais intimate relationships peut se traduire par « relations amoureuses et/ou sexuelles », qui peuvent inclure des hétéros, des bi, des gays, des lesbiennes, des aromantiques, des abstinents, des pansexuels etc ( chacun peut ajouter son genre.) Les question que je me suis posées pendant toute la soirée portent sur la réelle nouveauté de la chose, qui ressemble beaucoup à ce que l’on appelait l’amour libre, jusqu’à l’apparition du SIDA, et , déformation militante, en quoi c’est un sujet politique, qui concerne l’espace publique, en quoi les personnes concernées ont des revendications, sont source de changement et comment cela peut s’inscrire dans l’intersectionnalité des luttes contre les dominations. Je vais dans un premier temps raconter le film et le débat pour permettre à chacun de se faire une opinion, et ensuite tenter de répondre aux questions, d’un point de vue anarchiste militant.

Ce film présente d’abord un intérêt formel. Il raconte l’histoire d’une film en train de se faire. Ce film lui même est un documentaire filmé à la manière d’une fiction, mêlant acteurs et non-acteurs, chacun rejouant des situations réelles. On a donc quatre niveaux : une première couche documentaire qui montre la difficulté de faire un film à très petit budget ( 12 000 euros), une seconde couche fictionnelle, où les différente étape de réalisations sont rejouées, par la réalisatrice, actrice-née et des acteurs représentant un amant cadreur un acteur jouant l’amant, et devenant amant etc…une troisième couche documentaire, montrant des polyamoureux qui témoignent face à la caméra, ou débattent dans un « café poly », et enfin, une quatrième couche où des acteur rejouent des témoignages de polyamoureux. De surcroît la réalisatrice a intégré des scènes de fiction totale, mais symbolisant une réalité sociale, telle que cercle hallucinant de réalisateurs anonymes, qui , à la manière de malades alcooliques se lèvent tout à tout et disent «  je m’appelle Pierre, je n’ai pas tourné depuis 15 ans… » avant que la meneuse de jeu ne désigne le réalisateur qui dirige une ronde infernale où ces cinéastes maudits se mettent en branle au cri de « moteur » en hurlant « ça tourne ». (C’est un extrait d’un film réalisé par Renaud Cohen : Au cas où je n’aurais pas la Palme d’Or  !)

Le débat qui accompagne systématiquement le film rajoute une cinquième couche, puisque les questions portent beaucoup sur ce qui est vrai, ou faux dans ce qui est dit et joué.

L’histoire personnelle de la réalisatrice, Isabelle Broué, et celle du film s’inscrivent dans le paradigme patriarcale. Cette femme très attirante a vécu une longue histoire avec un producteur de cinéma richissime. Sortie de la Femis, elle a réalisé, Tout le plaisir est pour moi un long métrage de fiction sortie en salle en 2004. Il s’agit d’une comédie féministe racontant les aventures d’une femme qui a perdu son clitoris. Le film est sans doute le seul qui a été interdit au moins de douze ans à cause de la représentation d’un clitoris par un substitut en latex ! Elle tombe enceinte au moment de la sortie du film et accouche au moment de la sortie en DVD. Elle décide de s’arrêter de travailler un peu pour s’occuper de son fils, et tombe dans le piège, comme elle dit. Dix ans plus tard, elle se considère toujours comme réalisatrice, mais n’a pas tourné de second film. Dans la scène d’ouverture du film son fils lui demande « c’est quoi un métier dont on ne vit pas. » elle essaie d’expliquer qu’on ne gagne pas sa vie avec de l’argent mais avec du bonheur, mais ça passe mal auprès de sa mère ( ou d’une actrice qui joue celle-ci ?). Pendant ses dix années elle a fait son chemin mental : s’intéressant – forcément- à la position dominée de la femme au sein d’un couplé hétéro, elle pousse la porte d’une des premiers cafés polyamour, et comprend qu’elle est faite pour vivre cela. Deux ans plus tard elle rencontre Loïc et et continue à vivre avec lui (et d’autres, si vous suivez!) le polyamour, au prix d’une séparation avec le père de ses (maintenant ) deux enfants. Et naît une envie de film, pour laquelle elle abandonne, et c’est éloquent, un projet de film pour Arte sur les violences psychologiques au sein du couple. 2

Ce film portera sur le polyamour, mais Isabelle ne sait pas comment on fait un film sans avoir un producteur à la maison. Avec une grande clairvoyance elle décrit la réaction attendue des banquiers ou des autres producteurs :

« Tu veux faire un film ? Le dernier c’était quand ? Il y a dix ans ? Une fiction documentaire ? Et tu joues le personnage principal ? tu as combien ? 47 ans ? … »

Dans le secteur du cinéma, comme ailleurs sont exclus rapidement les chômeurs, et les femmes d’un certain âge. Formatrice en cinéma elle se rend compte que certains élèves ont tourné plus de films qu’elle, en utilisant des téléphones portables. WAIT !

Et pourquoi pas elle ? Le film commence lorsque, filmée par l’iPhone de son compagnon elle lui explique son projet. Ensuite alternent scènes jouées comme des fictions, et scènes jouées comme des documentaires. Ce que nous appelons fiction est une comédie à la Marivaux. A aime B, mais s’autorise des aventures sans le lui cacher. Elle lui demande de jouer son propre rôle, dans un film sur les amours plurielles, mais il refuse, par peur de la réaction de « ma femme »

«  ton ex-femme « , corrige A…

A noter, parce que la question est venue pendant le débat que B est joué, dès ce moment là, par un acteur. A dit au personnage B (Gaël, joué par Mathieu Bisson) qu’elle va engager un acteur, pour jouer leurs conversations ; appelons le C (l’acteur Philippe Rebbot et le personnage Philippe) . C joue son propre rôle ( ou plutôt joue le rôle d’un acteur) et celui de B. Dans un scène emblématique et qui pourrait devenir culte chez les cinéphile A explique à B qu’elle a joué une scène ou elle a embrassé avec la langue C jouant le rôle de B, et précisément parce que c’était quelqu’un d’autre jouant le rôle de B elle y a pris plaisir. B, polyamoureux convaincu, initiateur d’A à cette ( disons) philosophie de vie, manifeste cependant un léger agacement, signe de jalousie, qu’A tente d’apaiser par un fougueux baiser. Elle décide de rejouer cette situation avec C, dans le rôle de B. Quand elle lui explique la situation, comme le fait habituellement un réalisateur avec un comédien, C sort de son rôle de professionnel ( il l’est doublement puisqu’il est un acteur qui joue un acteur) pour demander, un peu perdu, comme le spectateur3 , mais tu as vraiment dit que « tu prenais du plaisir à m’embrasser ? «  Puis ils rejouent la scène et elle se termine par un baiser bien plus fougueux que dans la « réalité » ( la réalisatrice pense que la passion ne dure que 18 mois.) Au bout d’un moment B qui filme dit

«  coupez c’est bon, je crois que ça suffit là. »

D alors demande

«  on peut la refaire là ? Pour moi ! Je ne voudrais pas que ce soit ce baiser qui soit monté et que ma femme le voit. »

Le film ne raconte que cela finalement : qu’il est naturel d’être attiré par d’autres personnes que celle que l’on aime, et que celle que l’on aime ne trouve pas ça cool en général et que l’on doit lui mentir, ce qui n’est pas cool. Il est étrange qu’un film qui mélange dans un tel vertige toutes les strates de la fiction, qui se présente comme un mensonge disant la vérité4 stigmatise autant le mensonge. Mais c’est ainsi que les pratiquants du polyamour se justifient de s’épancher sur leurs pratiquesen dehors de la chambre à coucher ou le salon d’amis : ils ont une sorte de message moral à délivrer contre les mensonges et les hypocrisie du couple. Et ils veulent témoigner à quel point ils sont heureux, sans culpabilité ni jalousie. Il faut les pousser lors du débat , et ce n’est pas dans le film, pour qu’Isabelle et Loïc émettent des revendication : le polymariage principalement ( une des témoins du film appelons la India s’est « mariée » en Angleterre avec ses deux compagnons).. Mais aussi en discutant avec les membres de polilille, la difficulté d’obtenir un prêt pour un appartement. Le parallèle que fait Loïc entre le milieu poly et le milieu LGBT est très léger. Pas de poly tabassé à mort par des flics, violé parce que poly, discriminé à l’embauche dans la recherche d’une logement. Pas d’interdiction d’adopter, pas de refus d’assistance pour la procréation. Au contraire le polyamour hétéro présenté dans le film, est un sûr remède à l’infertilité masculine, et dans un réseau polyamoureux, il serait facile trouver une mère porteuse.

En revanche ce qui fait penser au milieu gay d’il y a vingt ans, c’est la position du missionnaire, euh le prosélytisme des poly. Des militants gays et lesbiens ont longtemps nié la bisexualité, présenté comme une homosexualité non assumée, soupçon qui pesait également sur de nombreux hétéros.. Aujourd’hui, encore un camp de lesbiennes séparatiste refuse les trans. Aujourd’hui les poly ont un peu ce discours : nous sommes les seuls qui vivons bien notre sexualité. Bien dans le sens bien pour nous, mais aussi, quelque par t bien comme l’axe du Bien. Dans le film un des personnages, parlant d’une femme mise au courant par son mari de sa conversion au polyamour, et donc de ses relations extra-conjugales, demande «  mais est-ce qu’elle a demandé à le savoir ? » Cette réplique vise un effet comique, mais il y a une vérité derrière. Mais lorsque je tente de dire que des personnes peuvent se sentir mieux dans le mensonge, le non-dit, les semi-vérités etc. Isabelle fait la moue ( elle fait la moue avec beaucoup de gens!) , mais elle finit par admettre que son propos est finalement de dire que chacun doit vivre sa sexualité et ses amours comme il l’entend du moment que personne ne souffre.

A ce sujet , et ce n’est pas abordé dans le film, on eut se poser des questions sur la réalité de la libre acceptation de la situation. Anne aime Benoît mais couche parfois avec son ami Charles, qui est célibataire, et a des relations purement physique avec Denis qui a formé une famille recomposée avec Élise, qui couche souvent avec François, et qui est divorcée de Georges qui, prenant conscience de sa bisexualité couche avec Hervé, Irène, et de nombreux amants de passage. On a une dizaine de personnes impliquée, sans parler des compagn-e-ons de François, Hervé, Irène et les autres. Par quel miracle tous ces gens ont envie en même de vivre le polyamour. Mon intuition est qu’au moins un ou deux partenaire accepte la situation parce qu’ils tiennent leur situation , en souffrent et n’ont pas le droit d’exprimer cette souffrance, sous peine de passer pour un monogame, ce qui est dans ce milieu est une insulte. Cela fait penser à Deleuze décrivant le passage d’une société de la contrainte ( on est obligé ) à une société du contrôle ( on vous fait comprendre qu’il est mieux de penser ou de faire comme tout le monde, sous peine de vous exclure au groupe.) L’injonction au plaisir peut parfois être une douleur.

La question de la modernité du polyamour se pose également. L’amour libre a sans doute été pratiquée dès les origines de l’humanité. Les religions les plus anciennes décrivent des orgies continuelles entre dieux et déesses, et les religions monothéistes tentent d’endiguer ce flot de désir, ce plaisir féminin qui fait peur. Quand le Coran codifie le polythéisme c’est pour limiter à trois le nombre d’épouse que les hommes riches pouvaient alors allégrement dépasser. Le voile obligatoire, dérivant d’une interprétation hallucinatoire du Coran, montre assez la peur des chefs religieux devant la force tranquille d’une bouche de femme.Les interdits sexuels sont nombreux dans l’ancien testament et plus encore dans les écrits de saint Paul, véritable fondateur du christianisme. Il y a cinquante ans, une femme ne pouvait pas montrer ses cheveux à l’église. Sans parler, horresco referens5 de ses genoux. Au plus fort de la pudibonderie protestante victorienne, on cachait les pieds des pianos parce que le pied fait penser à la cheville, qui fait penser à la cuisse qui …ah je crois que je vais faire une attaque…

On constate que les collectifs de polyamoureux se développent très vite depuis quelques années. On peut y voir comme Isabelle, un résultat de la fin des années SIDA, qui expliquerait la possibilité offerte de nouveau de connaître des partenaires multiples, comme dans les divines années 70. Mais cela n’explique pas pourquoi les pratiquants ressentent le besoin de se regrouper de témoigner de cette manière de vivre leur sexualité. . On peut y voire l’influence des réseau sociaux et une sorte de facebookisation de la vie sociale : quand vous êtes inscrit sur Facebook vous êtes sans cesse sollicité par « des amis » pour vous inscrire dans un groupe qui a souvent pour uniquement fonction de témoigner de votre coolitude. «le groupe de ceux qui boivent toujours un verre avec le meilleur verre » ou de « ceux qui se sont pris un râteau avec une fille pas terrible. » etc. Il existe une injonction à se regrouper, et les polyamoureux n’y échappent pas.

 Un point de vue anarchiste sur le lutinage

D’un point de vue anarchiste, soulignons d’abord que c’est dans les milieux anarchistes qu’a été d’abord pratiqué, défendu et théorisé l’amour libre. C’est un des chevaux de bataille des individualistes à qui les communistes libertaire set les anarcho-syndicalistes ont parfois reproché d’être uniquement préoccupés par la chose. L’amour libre était pratiqué dans les milieux libres,6 à la Belle époque. Cela me fait penser que la plupart de ce que je trouve cool with attitude, swag, est né au sein de l’anarchisme : le syndicalisme, les squats, le végétarisme, le terrorisme, l’écologie, l’éducation alternative, la contre information, l’anti militarisme et bien sûr l’anticapitalisme et l’anti-étatisme. 2017 est quelque part le cauchemar de l’anarchie. Imaginons un anarchiste de la Belle époque qui ressuscite dans un squat. Il apprend que plein de gens pratiquent le véganisme l’amour libre etc.

– Mais alors, ça y est l’anarchie a été réalisée en France.

– Euh pas vraiment la France va bientôt être dirigée par une fasciste ou un catholique trad.

Stirner,7 dès 1844 met en pièce la morale sexuelle. E. Armand, fondateur de L‘En-dehors et de L‘Unique, illégaliste, repris de justice, insoumis, s’en inspirera pour défendre la « sexualité libre ». Il fonda « une association internationale de combat contre la jalousie »  8dont les revendication étaient les suivantes

1) Pluralité, variété, simultanéité des expériences amoureuses

2) « ménages » à plusieurs ou « foyers » multiples.

3) Milieux de « vie en commun » colonies, basées sur le « toutes à tous, tous à toutes ».

4 Échanges de compagnes, compagnons, enfants entre associations de cohabitants

5) coopératives de camaraderie amoureuse ou érotique. 9

Il défendait l’homosexualité et le naturisme. Il eut peu de retentissement dans le milieu anarchiste, assez puritain.

Les anarchistes ont tôt critiqué l’institution du mariage sur des bases rationnelles et politiques

« il est anti-naturel de se lier éternellement à un être quelconque »

proclame une brochure publiée par une « colonie libertaire »10. tandis que Mounier, dont on voit bien à son langage qu’il est communiste libertaire dit

«  La femme doit rester toute sa vie digne de disposer de son corps qui est son bien propre. »11.

Mais ce qui est visé avant tout, c’est l’institution du mariage, base de la société inégalitaire et oppressive. L’amour libre s’entend en résonance avec l’éducation des enfants en commun dans les colonies libres, l’éducation alternative etc. C’est avant la lettre, une remis en cause du patriarcat. En cela le polyamour est intéressant, puis qu’il bat en brèche le couple. Mais il ne le l’abat pas. Le film s’ouvre par une scène de petit déjeuner de famille recomposée, comme on en voit dans les publicité ( je savais bien que l’ami Ricoré était un polyamoureux, ce type qui se pointe au p’tit dej…) . Au cours du débat, comme pensant le film, l’accent est mis par les polyamoureux sur le fait qu’ils aiment leurs enfants et les élèvent comme tout le monde. La seule différence est qu’Isabelle demande à son fils (11 ans)

« Plus tard tu seras polyamoureux ou monogame » ?

il faudrait que les polyamoureux comprennent que ce contre quoi ils luttent, en gros le patriarcat se transmet par l’éducation traditionnelle. C’est l ‘éducation qu’il faut supprimer. Sauf celle que tout parent reçois de ses enfants. Isabelle peut le comprendre, ce sont ses élèves qui lui ont appris que l’on pouvait faire un film sans argent.

Le travail, la patrie la famille est le socle sur lequel s’appuie le capitalisme qui a besoin de des travailleurs pour produire, de l’État pour l’aider dans son expansion, de la famille pour consommer, et transmettre les valeurs de la consommation, du nationalisme, du travail. Toute attaque est bonne à prendre.

Cependant, La projection était organisée par l’association féministe Chez Violette, et je me demande encore en quoi ce film est féministe. Comme je l’ai déjà signalé la réalisatrice montre son manque de solidarité avec les femmes qui peuvent être blessée par une relation polyamoureuse dans laquelle elles n’ont pas envie d’entrer. L’argument mis en avant par l’association est que le film fait le portrait d’une femme libre, épanouie, et que le polyamour lutte contre l’adultère qui est le plus souvent réalisé par les hommes. En fait je me dis qu’il y a sans doute à peu prés autant d’amants que de maîtresses et que l’argument ne tient guère. Là où le polyamour pourrait rejoindre le féminisme, c’est en dénonçant clairement le patriarcat. Cependant, des militants LGBT défendent le polyamour en le considérant comme une pratique queer.

Je pense que les militants anarchistes devraient participer aux débats organisés autour de ce film. Pour tenter d’orienter le discours vers la radicalisation. On ne peut pas être heureux au sein de l’oppression, de la domination organisée. Si le polyamour se développe et en vient à être dangereux pour l’ordre patriarcal, il sera réprimé. Les armes de l’État sont déjà prête : techniquement le polyamour est un adultère, toujours réprimé légalement. Les enfants peuvent être retirés à une mère qui vit de manière non conformiste, ( comme le raconte la chanson The Kids de Lou Reed.) Le populisme peut salir tout personne politique qui vivrait le lutinage… la meilleure défense c’est l’attaque, et la meilleure attaque c’est celle qui se fait à l’aube avant que l’ennemi ait le temps de préparer ses armes.

On peut trouver également quelque chose à apprendre par les anarchistes auprès des polyamoureux : le concept de compersion12 qui signifie « le fait d’être heureux du bonheur de la personne que l’on aime, même si on n’en est pas l’origine. » Ainsi voir sa campagne embrasser un autre doit réjouir si elle se réjouit. Consciemment ou non, Isabelle en fait un modèle économique. Elle demande un prix libre à la sortie de la projection en disant

«  votre contributions financeront la projection de Lyon, comme celles des Marseillais ont permis la vôtre. »

un chercheur a montré que le prix libre rapporte plus quand on dit «  versez ce que vous voulez pour financer le repas, l’entrée du suivant ». et les patrons de bistrot qui pratiquent le café suspendu ( un client paie un café qu’il ne boit pas et que le prochain qui le demande pourra boire gratuitement) ne font pas une mauvaise affaire . Il me semble, confusément, qu’il y a aucune leçon politique que l’on peut tirer de cela. Les anarchistes le savent bien, eux qui ont souvent sacrifié leur confort, leur liberté, leur vie, pour des générations futures vivent mieux.

Aie ! ( un anarchiste individualiste épicène).

Lutine : dossier de presse, projections à venir www.lutinelefilm.com

Chez Violette, association pratiquant la non mixité, mais pas que http://chezviolette.over-blog.org/

L’Univers, cinéma associatif géré collectivement. http://lunivers.org/

Polilille Page publique sur facebook https://www.facebook.com/polille/?fref=ts

site : http://polyamour.info/

La méduze à Lyon : https://www.facebook.com/la.meduze/

1A la Méduze

2AJOUT précision d’Isabelle : « Je m’intéresse aux violences psy dans le couple.

Donc la polyamorie m’attire au début parce que 

1. féministe, au sens égalitaire : chaque partenaire a les mêmes droits, quel que soit son âge, son sexe, son genre, son orientation sexuelle

2. moins de chances de tomber sous emprise si on a plusieurs partenaires. 

Mais je la découvre par un ami, rien à voir avec les violences psy à l’origine. 

Ni avec ma séparation. » 

3Précieux conseil de Jean-Claude Carrière, scénariste de Bunuel et prof à la Femis  : quand vous butez sur une incohérence dans votre scénario, faites le souligner par un des personnage «  mais c’est complètement ubuesque… » comme cela le spectateur se sentira moins seul à ne pas comprendre, ou à trouver bizarre que le grand blond croise sa fiancée, 20 ans après en Argentine.

4Définition de la poésie selon Cocteau. Et non de la publicité comme l’a prétendu M. Séguéla.

5« Je frémis rien que d’en parler » C’est du latin mon pote, ouais je te le dis !

6Céline Beaudet, Les Milieux libres, Les Éditions libertaires, 2006 chapitre «  De l’amour libre à l’union libre » page 124 et sequ..

7Max Stirner ( ‘1806-1856) est surtout connu pour être l’auteur de l’Unique et sa propriété, 1844 , où il fonde l’anarchisme individualiste. Inspirateur de Nietzsche, il fut en revanche combattu par Marx , qui lui consacre la plus grande partie de son Idéologie allemande.

8Cf Michel Ragon, La Voie libertaire, Plon, Terre humaine 1991

9Cité par M. Ragon, ibid

10André Lorulot, Le problème des sexes, éditions de la colonie libertaire de Saint Germain en Laye, 1908

11A. Mounier En communisme, publication de la périodique de colonie communiste d’Aiglemont, avril 1906, N°3

AJOUT : une réponse de Polylille

PolyLille Intéressant article, mais il serait bien de définir le polyamour de façon complémentaire à la vision de la réalisatrice. C’est comme si vous critiquiez un style littéraire en ne lisant qu’un seul auteur, en quelque sorte 🙂
D’ailleurs, ne serait-ce que pour aborder la question, il existe au sein du polyamour des différences de position et de vécu entre pratiques hiérarchiques et anarchiques, il est même souvent question d’anarchie relationnelle. A retenir que le film n’est en rien un documentaire exhaustif sur la question qui résumerait tout le débat politique autour du polyamour.
En matière d’oppression, je suis vraiment gêné par cette unique comparaison dédaigneuse au mouvement LGBT+. La non exclusivité génère une oppression qui se croise avec d’autres, et s’il est vrai que les moins opprimés sont ceux qui peuvent en parler le plus librement, il ne faut pas oublier que ce ne sont pas les seuls privilégiés qui la pratiquent, et que les conséquences sont réelles.

et le lien vers un article de Trans-lucide trés en faveur de l’inscription des Polys dans l’univers LGBTQIAP ( lesb, gay, bi trans, queer, indéterminé aromantique (ou asexuel ?) et pansexuel

http://uniqueensongenre.eklablog.fr/les-polyamoureuxes-font-iels-partie-de-la-communaute-lgbtqiap-mogai-a126616706